Carlo Lucarelli, L’Iguane
Quel retour !
Carlo Lucarelli fait revenir le tueur en série qu’il avait mis en scène dans Almost Blue, ce roman paru en 1997 en Italie, traduit en France en 2001.
Les deux carabiniers qui entrent dans une maisonnette d’une résidence trouvent une jeune femme terrorisée qui s’est encoignée sous un évier. Dans la salle de bains, ils découvrent les cadavres empilés, dans la baignoire, d’une femme et d’un homme.
Grazia Négro, est en maternité où elle accouche, par césarienne, de ses jumelles. Alors qu’elle veut les prendre dans ses bras, elles lui sont enlevées prestement. Quand on déplace son lit, qu’on la sort de la chambre, elle comprend que quelque chose de grave est arrivé. Les autorités veulent la mettre, elle et ses filles, à l’abri car l’Iguane s’est évadé après avoir tué deux personnes.
Simone ne voyage plus. Depuis plus d’un an il est à l’écoute du monde, fait des haltères seul dans une mansarde. Soudain, il ressent une présence. Il a peur. Il éprouve les mêmes sensations que quand l’Iguane a tué sa mère et qu’il se savait menacé.
Roberto, le chauffeur de nuit du taxi n°5 à Bologne, détecte une anomalie quand il charge un homme bizarre. Il va déclarer qu’il a vu le Diable.
Et la traque débute avec cette interrogation : Pourquoi avoir mis un tel tueur en série en résidence thérapeutique ? Et Grazia comprend que tant qu’elle n’aura pas retrouvé cet assassin, elle et ses filles seront en danger… Mais, très vite, les enquêteurs se persuadent de l’existence d’un complice du criminel, un inconnu qui tue également.
Le romancier construit son récit autour de quelques personnages marquants, chacun dans leur spécificité. On peut commencer par Grazia Negro, une jeune inspectrice de police à Bologne qui arrêta en son temps ce criminel ahurissant. Mais Grazia en a assez des enquêtes, de la violence, des morts, des monstres, elle veut être une mère.
Elle a vécu avec Simone, un aveugle qui utilise tous ses autres sens pour scruter la ville. Il donne une couleur aux voix qu’il entend, bleue pour celle de Grazia.
Le tueur est également aveugle et pèse cinquante kilos. Mais il a la particularité de prendre la peau de sa dernière victime, ce qui l’a fait surnommer l’Iguane. À ce trio s’ajoute Marta, la jeune femme qui était dans le pavillon en tant qu’aide-soignante et Roberto, un chauffeur de taxi de nuit.
L’auteur fait de Bologne presque un personnage à part entière, décrivant quelques lieux emblématiques de la ville, l’ambiance qui y règne. Il met en scène des personnages improbables comme Simone, cet aveugle dont il fait vivre les sensations, les tensions pour appréhender son entourage, pour comprendre ce qui se passe autour de lui. La quête pour être aimé est un des ressorts de l’intrigue.
Carlo Lucarelli livre un thriller haletant, des rebondissements qui s’enchaînent. Il imagine des situations complexes qui dérivent très vite vers encore plus d’inconnu. En maître ès-narrations pour faire vibrer la tension de son intrigue, il place sa galerie de protagonistes dans des positions peu courantes, comme sont peu communs certains des individus qu’il anime. Un roman fascinant qui se déroule de façon implacable jusqu’à une chute vertigineuse.
serge perraud
Carlo Lucarelli, L’Iguane (Léon), traduit de l’italien par Serge Quadruppani, Éditions Métailié, Bibliothèque italienne, Coll. Thriller, mars 2025, 224 p. – 20,00 €.