Camille Cloutier, Exposition

Camille Cloutier, Exposition

Dans le désert blanc brûle la fraîcheur

Les dessins de Camille Cloutier sont indissociables du rapport du corps au monde. L’artiste les assemble, les fragmente voire les guillotine en des séries d’échos, d’infusions sémantiques et colorées. Le sensuel et le lyrisme restent sous contrôle afin de sortir du romantisme et de ses miasmes affectifs. La plasticienne fait vibrer le dessin par des prodiges iconoclastes et doux. Exit les eaux tranquilles et les verts pâturages de l’amour. Ses îles de la Sonde marient la torsion d’aventures ambiguës.
La présence du corps est soumise à divers régimes « économiques ». Quant à la pratique des plaisirs, leus gain escompté tourne au mixage des temps, du rêve et de la réalité. Le corps sort des courtepointes de taffetas zinzolin. Néanmoins, Camille Cloutier les dessine ou les peint de manière à donner plus de relief à la vie. Celle-ci émerge du simple instinct de conservation et au besoin trouve dans l’inconfort un moyen d’améliorer l’existence.
Les graphismes tirent des plans sur la comète et le papier. Et si le paradis est perdu, il reste cependant une chance de vivre bien ici-même, ici-bas. Toute une machinerie intuitive, intellectuelle, plastique est en place afin d’y parvenir. Les dessins les plus lentement élaborés n’ont pas de date de naissance, ils sont commencés depuis toujours et ne seront jamais terminés. Ce sont de longues conversations avec le corps et son humanité. Les plus rapides proviennent d’un chaos de formes cachées en eux. L’émotion et l’humour sont toujours présents.

Il appartient donc aux images de réapprendre à comprendre le monde. De redécouvrir le corps. Celui qui nous séquestre et celui qui nous échappe. C’est pourquoi les œuvres sont aussi coriaces que belles : leur poésie fait muter les doutes et les mystères avec un certain sens du rite mais selon une sobriété graphique. Il arrive même que de telles images soulèvent des questions que nous ne nous n’imaginions pas nous poser. Chatouillant sous les branches les saules pleureurs, Camille Coutier les fait tordre de rire (comme ceux qui s’y pendent). Nous aussi. Ce qui n’empêche pas à l’émotion de gonfler le cœur comme elle remue ici les lignes et les couleurs.

jean-paul gavard-perret

Camille Cloutier, Exposition, Galerie Ruffieux – Bril, Chambéry, mars – avril 2015.
http://galerieruffieuxbril.com/

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