Bunny Yeager, Best of Bunny (exposition)

Bunny Yeager, Best of Bunny (exposition)

Les astuces narratives de Bunny Yeager

Grâce aux photographies de Bunny Yeager, l’industrie érotique produit des fantasmes qui ont échappé à beaucoup de leurs « occupants ». Ses modèles (dont Betty Page) ne sont ni victimes, ni « viande ». Dans ses clichés, on les voit, avant de se dénuder, bavarder, se promener entre les projecteurs, se préparer. L’artiste (qui est parfois son propre modèle), pour les saisir, fait appel à une mimique codée et à une chorégraphie qui feront sa réputation. Elle est devenue la pionnière d’un genre qui, de populaire, eut accès à une réputation plus artistique. Cultivant toujours une ironie, elle est repérée par Hugh Hefner. Il contribua – via Playboy – à sa renommée.

Avec Bunny Yaeger, l’Eros ignore l’amertume. Il semble possible de jouir de la vie n’importe où, n’importe comment et avec n’importe qui, même à l’envers du décor le plus kitsch. Face aux codages institutionnels, l’artiste prouve une liberté qui ne joue pas forcément de la surenchère des performances.
Dégageant la photographie de sa vacuité rhétorique, la photographe se moque des poncifs selon une nouvelle « fiction ». Celle-ci devient langage entier, revendique le plaisir et la distraction mais bien plus puisqu’il s’agit moins de rendre visible l’invisible que de rendre invisible le visible.

jean-paul gavard-perret

Bunny Yeager, Best of Bunny, “Center for Visual Communication”, Miami, 2016.

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