Bruno Thellieux, Fatima Ammari-B, Inner City blues – Tome 2 : « Priest »
Polar décalé sur fond d’Amérique des 70’s : Maffia, quartiers noirs, Blaxploitation … une Inner City plus Detroitienne que jamais.
Après quatre ans d’absence, Priest est de retour. Le caïd maffieux d’Inner City, tout frais sorti de prison, est bien décidé à reprendre son affaire.
Mais avant de lui redonner un secteur, l’organisation criminelle dont il fait partie décide de le mettre à l’essai…
Pour reconquérir ses titres, il doit réunir au plus vite un million de dollars en petites coupures et se résout rapidement à se délester d’une grosse quantité de poudre.
Lors de la transaction, Priest est confronté aux hommes de main de son client, qui ne sont autres qu’Arnold et Willy, les protagonistes du premier tome.
Pour ce second volet, Bruno Thellieux est épaulé au scénario par Fatima Ammari-B., qui signe ici son premier opus : un polar parodique, décalé, ancré dans le Detroit des années 70.
Inner City Blues est un véritable hommage à la Motor City. Les auteurs y développent un humour goscinnien en jouant sur les clichés du genre, en alignant les répliques et multipliant les clins d’œil cinématographiques (la Blaxploitation, Sergio Leone), musicaux (la Tamla-Motown, le jazz) et sociologiques (la secte du frère de Priest, quasi raëlienne),
Les références s’étendent jusqu’au personnage de Priest lui-même, sorte de réincarnation du Marvin Gaye de What’s Going On (le nom de la série est l’hommage avoué à l’un des morceaux phares de l’album).
La narration est servie par la ligne claire épurée de Thellieux, dynamique et efficace, qui marche dans les traces de Lewis Trondheim et David B., et par la sobriété des aplats colorés ; les quarante-six pages se lisent d’une traite.
Trop vite, peut-être ? On reste un peu sur sa faim, il est vrai, au terme de ces quelque vingt minutes de lecture. Car bien que l’univers d’Inner City Blues soit une digne relecture des films de la Blaxploitation, quelque part entre Shaft et Jackie Brown, l’intrigue reste un peu maigre et semble être prétexte, tout comme dans les films de Tarentino, à l’unique exercice de style, si réussi soit-il.
Mais gardons-nous d’un jugement trop hâtif : si l’intrigue doit prendre toute sa dimension sur le long terme, alors il faudra attendre un troisième ouvrage.
Apprécions en attendant ce second tome en guise d’introduction, en espérant qu’Inner City Blues sache s’affranchir un peu de ses influences.
trevor baonde
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Bruno Thellieux, Fatima Ammari-B, Inner City blues – Tome 2 : « Priest », Vents D’Ouest, 2004, 48 p. couleur – 8,99 €. |
