Brave I, cime haute

Brave I, cime haute

Le mot que nous cherchons n’appartient pas à ce monde et n’appartient à nul dictionnaire même s’il est le seul vocable nécessaire, le seul dont on ne puisse se combler mais dont l’absence nous remplit. Enfant, nous connaissions intuitivement son manque abyssal : nous ne nous contentions pas des mots qu’on entendait autour de nous et si nous l’avions osé, nous en aurions inventé d’autres, impossibles, presque imprononçables et inaptes à la signification.

Nous savions que la langue maternelle échouerait toujours à dire et qu’au mieux nous ferions sous ou sans elle. Nous l’avons chérie en son manteau de deux syllabes ouvertes comme les deux coquilles d’une huître. En elle, nous pensions ne pas pouvoir souffrir de chaleur ou de froid. Nulle autre que son mot ne pouvait nous recouvrir. Nous avons cru l’atteindre par mortification, culpabilité, adoration et supplication.

Les autres ne répondent pas. Tout ce que nous pouvons gagner est en solitude et en absence. Nous restons seuls avec notre désir, notre rêve de pouvoir parler. Le mot qui nous manque marque l’absence de destination.

Photo : Adam Hampton

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