Bernard Noël, Fred Deux

Bernard Noël, Fred Deux

Faire dévier le corps

Tout en revenant aux choses du quotidien – car notre réalité est faite de ce qui nous est proche -, Fred Deux invente les horizons lointains  tels des lendemains qui chantent. Rien d’autre que ces miroirs aux alouettes car l’artiste ne s’est jamais limité aux apparences.
Sans tomber pour autant dans l’invraisemblance. Il avait d’autres visions à attiser. 

La transfusion s’inscrit selon des organes étranges, des entrailles de cerveau en une concentration de gris et de lumière. L’angoisse peut s’étendre. Et Noël y reste sensible.
Comme à la jouissance que le dessin déchaîne et comme à ce qui fait résistance au corps. Il ne s’agit pas d’exposer sa dépouille mais sa disponibilité.

L’artiste le parcourt par morceaux qui distendent son étendue. Il se sent lui-même – lorsqu’il dessine – en descente et remontée « en prenant appui sur mes crayon crayons-béquilles ».
Il se retrouve ainsi aux deux bouts « trajet de la mine aiguisée à la mine brisée ».

Le poète évoque comment Fred Deux ne cesse de faire dévier le corps en divers types de coupes et de transformations là où le gris creuse, demande sa part : il est là, comme l’écrit l’artiste, pour « révéler et amener à dire : ça y est ».
Et Noël de préciser : « l’aspect organique est une conséquence, et non pas, comme il semble d’abord, le résultat d’un choix thématique ; ce n’est d’ailleurs pas un thème, mais le langage suscité par une nécessité. »

jean-paul gavard-perret

Bernard Noël, Fred Deux, Illustrations de l’artiste, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2021, 104 p.

Laisser un commentaire