Benny Barbash, My first Sony

Benny Barbash, My first Sony

Ce roman sensible et drôle où se dévoilent un peuple, une culture, un pays, mérite amplement le prix qu’il a obtenu au Salon du livre de Paris

Prix Grand public du Salon du livre de Paris 2008

Le First Sony : un magnétophone que le jeune Yotam promène tout autour de lui. L’enfant, gros et flegmatique, coincé entre un frère aîné, Shaoul, doué et sportif et une adorable petite sœur, Naama, est un rêveur qui adore s’inventer des histoires. Son père lui offre alors un magnétophone.
Papa, tout m’intéresse, et il me répondit, alors, tu n’as qu’à tout enregistrer. 
Conversations d’adultes, souffle de son père endormi près de lui, disputes entre ses parents, souvenirs de son grands-père, ceux de son père en Argentine, ébats de la sœur d’un copain, séances de thérapie familiale…

Une foule d’événements passent par son micro, restitués par un flot continu de paroles : les dialogues se fondent dans le récit, et les événements s’enchaînent au gré de ses associations d’idées. Associations souvent saugrenues, car liées à l’imaginaire foisonnant de l’enfant. De nombreuses digressions fourmillent, donnant une impression dense et originale de réalisme. Si Yotam ne comprend pas tout ce qu’il enregistre, au moins il s’interroge, et de ses remarques innocemment impertinentes naît un décalage, une mise à distance entre le monde des adultes et celui des enfants. C’est ainsi qu’il assiste à une scène dans laquelle son grand-père entre dans une colère noire contre sa mère, Alma, quand il découvre que celle-ci a posé des autocollants d’un mouvement d’extrême gauche sur sa voiture. La rage partisane, aussi bien du grand-père que de la mère, incomprise par l’enfant, fait finalement sourire le lecteur. Désaccords politiques, religieux ou sentimentaux, tout est prétexte à la crise dans la famille de Yotam. Famille qui se conçoit, ici en Israël, au sens large, et défilent alors grands-parents, tantes, oncles, cousins, frère, sœur, maîtresses du père, copines de la mère.

Assaf, le père de Yotam, cristallise la plupart des tensions.
Notre problème, l’unique, c’est Papa.
Mari volage, père absent, écrivain raté : le personnage pourrait susciter l’antipathie mais le lecteur le voit par l’intermédiaire du jeune enfant qui adore son père. Personnage marginal, aussi pathétique que comique, il décide un beau jour, bien malgré lui et pour des besoins pécuniaires, d’écrire les histoires de rescapés de la Shoah. Entreprise périlleuse que la transmission de ces vies proches de l’indicible… Assaf s’enfonce dans sa solitude dépressive.

Le lecteur découvre avec bonheur dans My First Sony l’intimité, discordante mais chaleureuse, d’une famille. À partir d’elle se dévoilent un peuple, une culture, un pays. Tourbillonnant, attachant, émouvant, drôle : les louanges ne manquent pas et ce roman mérite amplement le Prix Grand Public qu’il vient d’obtenir au Salon du Livre de Paris.

NB – My First Sony a paru en Israël en 1994 ; il aura donc fallu presque quinze ans pour qu’il soit traduit en français… On se demande, en refermant le livre, comment on a pu patienter aussi longtemps.

m. piton

   
 

Benny Barbash, My first Sony (traduit de l’hébreu par Dominique Rotermund), Zulma, janvier 2008, 475 p. – 22,00 €.

 
     
 

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