Béatrice Shalit, Merci d’être venu
Une bande d’amis se reconstitue trente ans après d’être dispersée. Nostalgie, tragédie et petits drames
Trente ans qu’ils ne s’étaient pas revus, qu’ils avaient perdu contact depuis l’université et cette nuit tragique lors de laquelle François Chopin, un membre de leur « clan » comme ils l’appelaient eux-mêmes, avait accepté de jouer à la roulette russe. Aujourd’hui, ils ne sont donc plus que sept, enfin six, car Olivier a disparu depuis vingt ans. Myriam avait été la seule à lui pardonner d’avoir initié à ce jeu fatal leur ami et l’avait même épousé, sonnant ainsi définitivement le glas de leur cercle d’amitié. Alors, lorsque Myriam et Alice se rencontrent par hasard, elles n’imaginent pas que le bonheur de ces retrouvailles va réveiller en chacun d’eux des souvenirs enfuis au plus profond mêlant doutes, méfiance, rancœur, regret et amertume.
Chacun mène dorénavant sa vie de quinquagénaire avec ses petits tracas et ses grandes peines. Myriam élève seule sa fille de 20 ans, qu’elle a eue avec Olivier. Écrivain, elle doit aussi s’occuper de son père, atteint de la maladie d’Alzheimer. Alice, psychiatre, veuve, doit faire face au mutisme de son fils cadet et à l’homosexualité de son aîné. Jeanne est restauratrice et vient de tuer son mari, violent. Oscar, brillant avocat, est en instance de divorce ; Éric, l’homo de la bande, quant à lui, a percé en tant que dessinateur, et Claire, le boute-en-train du groupe, après avoir brillamment réussi dans les affaires, est clouée dans un fauteuil roulant suite à un accident de voiture. Bref, tous ont plus ou moins réussi leur vie, plus ou moins raté leurs mariages, mais ils ont tous en commun Chopin et Olivier. C’est autour de ce dernier, de retour après 20 ans d’absence, que toute la bande va se retrouver et enfin révéler ses secrets, ses peurs, ses angoisses…
Le roman pourrait se révéler une très belle histoire d’amitiés s’il ne mettait au grand jour, sous les apparences trompeuses du « Je vais bien, tout va bien », des dessous bien plus sombres que chacun doit ou devra tôt ou tard regarder en face. Dépeint avec un humour certain même dans les situations les plus dramatiques, chaque personnage apparaît ainsi tout simplement humain et « vrai ». Béatrice Shalit a réussi le pari de mettre sur papier des scènes de la vie quotidienne qui pourraient fort bien être les nôtres : la maladie d’un proche, la disparition d’un ami ou d’un mari, un accident de la vie, l’éducation, souvent difficile, des enfants, les échecs professionnels ou amoureux… En somme, Merci d’être venu est un roman dans lequel chacun d’entre nous retrouve au hasard d’une rencontre et d’une confrontation entre anciens amis, sa propre vie, ses émotions passées – voire sa propre bande de copains que la vie a dispersée.
Contrairement à certaines idées reçues, transcrire fidèlement la réalité dans un roman de fiction est un art difficile, que Béatrice Shalit maîtrise ici fort bien. Néanmoins, par-delà cette peinture de personnages très réalistes et qui ne manquera pas de faire rire – ou au moins sourire – nombre d’adultes en prise aux mêmes difficultés avec leur progéniture, le roman manque de fond et laisse un peu sur sa faim le lecteur qui s’est pris au jeu. Partant d’une idée originale et d’une rencontre impromptue, l’auteur nous plonge dans une atmosphère de plus en plus mystérieuse, voire angoissante, qui crée une réelle attente. Malheureusement, au fil des pages, on finit par se perdre à force de rebondissements ou de faits inattendus qui restent sans explication, n’ayant pour effet que d’impatienter le lecteur avant de conclure sur une nouvelle pirouette. Si l’ouvrage témoigne de réelles aptitudes à l’écriture, notamment par un style agréable et sans emphase, un humour caustique très appréciable, l’histoire marque le pas au fil des pages, la trame s’use un peu et on aimerait une réelle révélation pour pouvoir apprécier l’ouvrage du début à la fin. La lecture est somme toute très agréable, qui pousse au loin les styles pompeux sans lesquels certains pensent qu’il n’existe pas de littérature. Malgré tout l’on peine à s’accrocher à l’histoire jusqu’au bout : elle manque de profondeur et, de fait, le lecteur n’est jamais totalement bouleversé.
v. cherrier
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Béatrice Shalit, Merci d’être venu, Julliard, avril 2006, 196 p. – 19,00 €. |
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