Asinus fricat
(Quel regard pour les empêtrés ?)
Visiblement, nous sommes non-voyants, enfermés 24 heures sur 24 au fond du monde. De cette façon, chacun est spectateur de sa vie et du cinéma du réel mais faisant son film. Nous retrouvons parfois un fil incandescent entre l’histoire de tous et la nôtre. La première, certains l’écrivent ou la peignent.
C’est un motif, une saga voire un moteur émotif. De notre histoire à l’inverse rien n’est donné sinon quelques réminiscences quand le bruit musical de vêtements résonne comme trébuchent sur les pavés ceux d’un narrateur proustien. Nous ne pouvons jamais les remarquer par notre vue de taupe. Mais cela nous taraude. Tenons-nous modestement à la réalité rugueuse sur laquelle nous buttons sans prétendre l’étreindre pour nos aimées.
Mal vues mais en palpant leurs lignes et formes, elles sont des intermédiaires, l’une touchant l’autre. Nous tournons en rond comme un âne sur l’aire. Toujours en une marche forcée. Nous la tirons devant nous et plus tard nous pouvons dormir tranquille, la tête dans les étoiles.
jean-paul gavrd-perret
Photo : Hugo Maure