Douglas Kennedy, La Femme du Ve
Un roman brillant que tout promet à la destinée de best seller mais qui laissera certains lecteurs sur leur faim
Difficile d’échapper au nouveau roman de Douglas Kennedy : sa couverture s’affiche dans de nombreux magazines où l’on trouve force articles présentant livre et auteur. On comprend pourquoi c’est l’une des meilleures ventes du moment : La Femme du Ve, où se mêlent suspense, sexe, cadavres et autres rebondissements rocambolesques, tient le lecteur en haleine tout au long de ses presque quatre cents pages…
Harry Ricks, américain, débarque, malade et seul, à Paris, peu après Noël. Il fuit son ex-femme et de lourds ennuis. Nous sommes loin d’Un Américain à Paris et du bonheur rayonnant de Gene Kelly, dont le seul point commun avec notre héros est qu’il habite dans une chambre de bonne. Harry n’arrive pas dans un Paris en technicolor mais au cœur d’une ville sale, pluvieuse et froide, où les gens sont désagréables et la vie trop chère. Se dessine alors un Paris très rarement raconté, celui des immigrés -Turcs, Africains, Indiens – auprès de qui Harry, paradoxalement, trouve sa place. Les immigrés craignent les contrôles de police ou brandissent leur carte d’identité, pour prouver qu’ils sont bien français. Ils restent cantonnés dans des ghettos, à moins que ces quartiers ne deviennent à la mode, attirant alors les « bobos » et chassant les habitants de la première heure. Portrait sans compromis de la réalité d’aujourd’hui. Harry peine à y survivre, lui qui se dit au fond du trou. Quartier mal famé, boulot pas très réglo, routine de solitaire… la vie parisienne d’Harry n’a rien de la carte postale. Seule l’écriture le pousse à avancer.
Le besoin de social l’entraîne dans un salon mondain tenu par Mme L’Herbert, une Américaine à Paris, elle aussi, mais qui vit de l’autre côté de la Seine. Une fois sur la Rive gauche, ne devrait-on pas changer d’univers et retrouver la capitale des intellectuels, du luxe, du tape-à-l’œil ? Ce salon à la Verdurin démontre bien le contraire. C’est malgré tout dans cet endroit de paillettes et de pacotille que Harry croise la femme du Ve. La rencontre, décisive, a tout du cliché : la femme, mystérieuse, est dotée d’une beauté fatale à la forte aura érotique qui attire Harry, inexorablement. C’est sans doute à ce moment-là que tout commence…
Le roman oscille entre la peinture réaliste de Paris et de la société et le parcours initiatique vers la renaissance, entamé dans la soilitude. Mais il est plus que cela. Cette première partie du roman bascule quand son voisin de palier, le redouté Omar, est retrouvé assassiné aux toilettes, dans une mise en scène grotesque. Tout accuse Harry. L’entrée dans le polar est imminente. Il est d’ailleurs question de Simenon, auteur favori de Harry, cité en exergue et à maintes reprises dans le texte. Et pourtant, le lecteur n’est pas au bout de la surprise…
Ce brillant roman touche-à-tout, à la langue crue et parfois brutale a tout du best-seller et il captive immédiatement le lecteur. Mais il est aussi question des travers de notre société et des relations humaines maintenues par Internet, le sexe ou le profit. On pourrait regretter la fin qui tombe à plat. Le lecteur aurait préféré que le brio de Douglas Kennedy, par un tour de passe-passe, ne le laisse pas sur sa faim.
m. piton
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Douglas Kennedy, La Femme du Ve (traduit de l’américain par Bernard Cohen), Belfond coll. « Les étrangères », mai 2007, 377 p. – 22,00 €. |
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