Artémis & Paul Armand Gette, 50 ans de conversations (exposition)
L’entretien infini
C’est toujours bien entouré que Paul Armand Gette propose une recherche dont les prémices remontent à 1986, « date à laquelle je fis part à Bernard Marcadé du fait que je voyais dans les tableaux de Lucas Cranach, représentant Fontis Nympha…, une miction d’Artémis que le peintre nous suggère – le jet de la déesse sortant d’une source bien évocatrice d’un sexe féminin ».
Quelques années plus tard, baignant dans de si bons hospices de baume, il s’occupa des Menstrues de la déesse (1994).
Pour autant, cela laissa froid le public mais le pli était pris. Ou, si l’on préfère, le ver était dans le fruit d l’iconoclaste. La Femme Source bref Artémis qu’il rencontre si souvent resta au cœur de ses préoccupations.
Il reprit, parfois pour la nommer, le titre du manuscrit conservé à la Bibliothèque Centrale de Zurich, « Aurora consurgens », en l’intitulant « L’aurore se lève » selon une position à laquelle Murnau n’avait pas songé.
Gette – né à Lyon en 1927 – se tourna dès le début des années 1960, vers une carrière artistique en utilisant ses connaissances en botanique et en géologie qu’il introduit dans le monde mythologique. Artiste inclassable, il se joue des étiquettes, brouille les limites entre sciences naturelles, littérature, poésie, mythologie et histoire de l’art.
Peinture, sculpture, photographie, texte, tous les médiums sont convoqués pour nous par celui qui propose une ‘lecture » où il privilégie, dit-il, « l’enluminure montrant une femme source en décidant de ne pas m’occuper de la symbolique mais de m’en tenir à ce que je voyais ».
Et ce parce qu’il resta pris dans son goût pour ce qui coule et selon une formule qu’il synthétise ainsi : « Après la contrainte, la liberté après la suspicion, la confiance ».
Pour cette exposition, l’artiste passe « d’une proposition sylvestre et artémisiènne à une évocation du passage, de l’enfance à l’adolescence ». S’y retrouvent ses modèles de « College girl » et de « Nature morte pas si morte que ça ! ».
Mais l’œuvre phare est un ensemble sur le thème du soulagement accompagné de « La figue éclatée » – en mémoire à l’amie japonaise de Gette : Tomoko.
En une scénographie parfaite, les œuvres de l’artiste et de ses « muses » conjuguent fruits de la passion et cascades (entre autres) et offrent bien des aurores aux doigts de rose par un art qui, au message, préfère les fragrances de situations « ouvertes».
jean-paul gavard-perret
Artémis & Paul Armand Gette, 50 ans de conversations, Cairn – Centre d’art, Digne les Bains, Exposition du 6 juillet au 2 novembre 2020.