Arne Svenson, The Neighbors (exposition)

Arne Svenson, The Neighbors (exposition)

Affection-infection

Arne Svenson propose des images comme des philtres mystérieux. Elles unissent et séparent. Le corps peut parler une langue étrangère, extraordinairement mutique. Une langue qui transforme la culpabilité en omission. La photographie crée un estuaire non entre deux êtres mais entre deux lieux.
Existent là des vies d’angle. Pour voir l’amour, il faut tourner cet angle. Amant blanc, âme en noir. L’estuaire. Le limon. Marées basses. Héros zéro. L’amour prend des yeux gris délavé. Percussion pianissimo. Les « amants » qui s’ignorent regardés ne demandent rien. Ils rêvent parfois d’un fantasme de l’union. Finissent-ils par renoncer ? Rien ne le prouve mais chacun croit pourtant à sa réalité – sans dire laquelle. C’est pour cela que la photographie est essentielle.

Chez les modèles photographiés, l’amour n’est parfois ni dans la nature de l’image, ni dans la logique des choses. Mais il est bon parfois d’être dupe. Au moins par facilité ou instinct de survie. Qu’importe l’inadéquation de l’affect à l’intimité ambivalente de l’autre.
Au « pire » affection et infection se confondent. Les deux vont de paire. Mais ici le miroir narcissique disparaît.

La femme peut parler du mâle sans se regarder, sans retenue, sans pudeur, comme étrangère plus à elle qu’à l’homme. Et pour ce dernier la réversion est identique.

jean-paul gavard-perret

Arne Svenson, The Neighbors, Julie Saul Gallery, New York, mars 2019.

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