Antoine Michelland, Opération duc de Windsor. Le prince, les nazis et les espions

Antoine Michelland, Opération duc de Windsor. Le prince, les nazis et les espions

Il y a bien longtemps que l’image attendrissante de la plus grande histoire d’amour du siècle, celle unissant Édouard VIII à Wallis Simpson, celle du roi abdiquant pour épouser la femme de sa vie, a laissé la place à une réalité moins conte de fée, dans laquelle un roi quelque peu dérangé s’enticha d’une Américaine attiré par le luxe et l’argent, en fin de compte contrainte d’épouser l’homme qui sacrifia tout pour elle. Antoine Michelland, dans un livre très prenant, décrypte un autre aspect de ce couple, bien étudié par les historiens britanniques, mais peu connu des lecteurs français : leur engagement politique favorable à Hitler.

« Et maintenant, que faisons-nous ? » Cette question du duc de Windsor, posée à Wallis le lendemain même de leur mariage, résume le drame de leur existence, renvoyée au néant une fois qu’Édouard avait abdiqué et que sa famille l’avait condamné à l’exil. Oui, que faire sinon de la politique, meilleur moyen d’exister, de faire parler de soi, de susciter l’intérêt des journalistes, de se venger de la famille royale et de l’establishment britannique ? Et de la pire manière qui soit : marquer ostensiblement son soutien à Hitler.

Le duc fut-il un nazi au vrai sens du terme ? Il faut rester prudent et ne pas mélanger intérêt pour la politique sociale du régime national-socialisme, anticommunisme et appeasement. Ces éléments se retrouvent sans nul doute possible chez lui. Et l’auteur a raison d’insister avec force sur cette conviction qui l’habitait, comme chez tous les appeasers : la paix passait par l’entente avec Hitler. Le problème, c’est qu’il le crut et l’affirma y compris en pleine guerre, même quand Churchill l’envoya en semi-exil aux Bahamas, multipliant les déclarations fort imprudentes devant des journalistes américains.

L‘ouvrage décrypte en détails les intrigues nouées autour du duc par les nazis alors que le couple se trouvait au Portugal en 1940. Il est clair que Berlin comptait s’en servir comme d’un roi de rechange au moment de l’occupation des îles britanniques, en lieu et place de George VI. Mais lui, le frère aîné, se serait-il vraiment prêté à la manœuvre et à une telle traîtrise? L’auteur, avec raison, reste prudent sur ce point.

Quoi qu’il en soit, il ressort de cette étude très documentée un portrait au vitriol de deux personnages pris à leur propre piège, condamnés à une vie sans but, enfermés dans leurs illusions, leur vanité, leurs propres limites et dans un obscur désir de revanche.
Comment ne pas penser, en refermant le livre, au duc et à la duchesse de Sussex ? On ne quitte jamais impunément la famille royale anglaise.

Antoine Michelland, Opération duc de Windsor. Le prince, les nazis et les espions, Editions du Rocher, avril 2026, 473 p. – 21,90 €.

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