Anthony Lycett, Self-Styled (exposition)

Anthony Lycett, Self-Styled (exposition)

Le style c’est l’homme : Anthony Lycett

Lycett est le parfait exemple du photographe dandy londonien. Il propose une vision aussi analytique que poétique de la subculture urbaine et des courants sociaux marginaux de sa ville. Il offre diverses formes d’autoreprésentation dans lesquelles le style est haussé au niveau d’un culte égotique. Excentriques, dandys, punks, gothiques, travestis, avant-gardistes londoniens (et parfois parisiens) sont montrés en diptyques intitulés  Self-Styled.
Cette série prouve comment le vêtement reste une méthode de protestation politique. En Angleterre, ce n’est pas neuf : il s’agit d’une tradition héritée du XVIIIème siècle qui essaima progressivement hors d’Albion. Baudelaire en fit une parfaite description, mettant l’accent sur l’excentricité et l’appropriation.

Lycett prouve comment cette tradition à la fois perdure et se renouvelle en divers contrepoints de rébellion esthétisante à souhait mais qui cache une identité expressive. L’artiste pour chaque image double tenues diurne et nocturne. Ses « modèles » ont accepté le pari en respectant leur liberté d’être.
Dans la lignée d’un Juergen Teller s’inscrit une « parade » où la mise en scène vestimentaire joue de volontaires dérapages et d’une expression marginale revendiquée comme telle. Mais Lycett demeure attentif et souligne au besoin le dérapage dans les dérapages, les fautes de goût dans le « mauvais » goût. Cela donne à ses personnages une autre vérité : elle s’éloigne de la facticité des figures de mode là où le portait classique révèle une distorsion du genre. Le singulier s’y fait pluriel au sein de poses où l’excès de sophistication interroge les normes.

jean-paul gavard-perret

Anthony Lycett, Self-Styled, Galerie Isabelle Gounod, Paris, 9 janvier – 13 février 2016.

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