Anouk Deville, Anouk Deville
Dans de telles photographies, le partage se fait entre l’ombre et la lumière, entre le dehors et le dedans mais aussi entre ces fragments d’images qui se rapprochent sans se fondre. Si bien qu’en tel un « story-telling » très particulier, la fixité est trompeuse dans une matrice reprend tout son sens.
C’est ainsi que tout se joue et, pour prendre une expression figurative, dans « le ventre de l’architecte » (Greenaway).
Anouk Deville croit à la spontanéité du geste mais aussi au travail de filage afin de montrer l’indicible qui se cache derrière les « présences » ou leurs disparitions. Ce qui résiste à l’image appelle une résistance passive et active à la fois. Le vestige refuse de se laisser comprendre en tant que tel. Et ce dans une poésie révélatrice de l’absence pour lui donner un autre aspect.
Demeure une forme de memento, de récit, de puzzle là où l’intime touche à des régions essentielles. Surgit un autoportrait détaché de toute figure. Quelque chose se met à vivre qui demande l’arrêt et le silence.
Le travail déplace le spectateur de ses usages établis. Un interdit, un invisible, un secret s’imposent. Au silence de l’œuvre répond celui du voyeur. L’espace soudain déborde de l’œuvre. Celui qui la regarde le reçoit comme une véritable présence vaguement inquiétante.
Ce projet devient un exercice sensuel proche d’une mystique puisque chacun est renvoyé à des régions essentielles qui n’ont d’existence que dans celles que le montage d’Anouk Deville leur donne. L’histoire n’est donc jamais finie. La créatrice continue à remonter sa trace et donne des états pour rêver un éternel retour.
jean-paul gavard-perret
Anouk Deville, Anouk Deville, 2016, Editions Zoême, 216 p. – 24,00€.
