Andréas (dessin et scénario) / Isabelle Cochet (couleurs), Capricorne – Tome 9 : « Le Passage »

Andréas (dessin et scénario) / Isabelle Cochet (couleurs), Capricorne – Tome 9 : « Le Passage »

Un double album qui marque un véritable tournant dans les aventures du mystérieux astrologue…

Astrologue, Capricorne l’est assurément… Mais ses aventures l’ont mené bien loin de la lecture des astres et sa vie semble échapper à toute tentative de prédiction. Avec « Le Passage », un album double et généreux en actions, on va enfin en apprendre un peu – rien qu’un peu – sur le mystérieux personnage lui-même.

Dans la première partie, Capricorne s’introduit dans le dirigeable qui doit conduire quelques hauts dignitaires du Concept auprès des « Trois », troïka qui dirige et manipule l’organisation honnie à distance. À bord, la lutte d’influence entre hommes d’action et membres de la CSP (la police politique du Concept) fait rage. Quant à notre héros, il va bien entendu retrouver son meilleur ennemi et alter ego : Mordor Gott.

La seconde partie narre l’arrivée dans le domaine des « Trois », la rencontre de tous les protagonistes avec lesdits vénérables, et explose dans une apothéose finale avec les révélations littéralement assénées par ces mêmes vénérables.

À noter que l’éditeur et l’auteur offrent en prime au lecteur, entre les deux parties de l’album, une courte histoire en noir et blanc. Cette dernière, si elle ne semble pas avoir grand rapport avec l’intrigue générale à sa première lecture, éclaire joliment la conclusion de ce neuvième opus mais aussi l’ensemble de la série.

Dans cet album, Capricorne prend une tournure étrangement thorgalesque… On passera sur les « Trois » qui, par leur dimension de démiurges fous, évoquent tout de suite les trois vieillards du pays d’Aran. Et le héros d’Andréas, tout comme celui de Rosinski et Van Hamme, est manifestement fatigué des épreuves qui lui sont imposées par la vie. L’auteur a d’ailleurs choisi de laisser à son personnage le soin de commenter en voix off l’ensemble de l’album. Dès les planches d’ouverture, l’astrologue s’interroge sur ce qu’il est, sa façon d’appréhender la vie, le destin du monde… etc. Et les questions métaphysiques reviendront régulièrement tout au long de cette centaine de pages. Andréas prend aussi le parti de transmettre un message politique fort. À travers la montée en puissance de CSP, c’est à l’évidence les dangers des idéologies – fascistes en particulier – qu’il dénonce. De même, en dévoilant les origines du Concept, il délaisse momentanément les intrigues ésotériques pour illustrer une folie typiquement humaine : l’insatisfaction et le tropisme vers le chaos qui caractérisent toutes nos sociétés. Bref, dans ce double album, Capricorne – impuissant face aux événements – prend le temps de la réflexion, et celle-ci ne le mène pas à l’optimisme.

Avant de conclure, rappelons la virtuosité graphique d’Andréas. Dès sa première planche, et surtout avec la double qui suit, le lecteur est saisi. On ne peut qu’apprécier le découpage extrêmement précis dans lequel l’auteur excelle. Quant aux huit planches en noir et blanc, elles permettront aux amateurs de goûter la pureté de son trait, celle qu’il exprime avec peut-être encore plus de talent dans des personnages comme Rork (au Lombard toujours) ou Cromwell Stone chez Delcourt.

Quoi qu’il en soit, cette histoire un peu triste est marquée pour Capricorne par la découverte de son identité et la disparition de personnages majeurs de la série. Il s’agit donc clairement d’un tournant que l’auteur impose à son œuvre. Retournera-t-il à ses amours lovecraftiennes, ou va-t-il continuer dans cette nouvelle veine plus centrée sur la psychologie de ses personnages ?

Martin Zeller

   
 

Andréas (dessin et scénario) / Isabelle Cochet (couleurs), Capricorne – Tome 9 : « Le Passage », Le Lombard, Août 2004, 100 p. – 18,00 €.

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