André Velter & Ernest Pignon Ernest, Ceux de la poésie vécue
Existe dans la poésie d’André Velter comme dans l’art d’Ernest Pignon, un engagement esthétique mais tout autant existentiel qui est le fait de « ceux qu’exaspère l’ordre meurtrier du monde ». D’où la fascination du poète et de l’artiste pour l’histoire qui nous rappelle ce que nous sommes » au fond » : à savoir un amas provisoire de particule comme seule assise du monde. Pignon-Ernest et Velter ne font donc pas partie des modestes qui osent affirmer comme J-P Plundr « que la peinture c’est remplir du temps et la poésie passer du temps « . Chez eux l’imaginaire et la réalité se superposent dans la volonté de représenter le monde et s’engage à travers des figures communes et anonymes.
Leur stratégie d’ensemble garde pour objectif de rendre le monde plus compréhensible à travers les » monades « de l’artiste qui balisent l’espace urbain et l’écriture de celui qui croit à la vertu cathartique de la poésie.
A leur manière, ils se veulent des « situationnistes » mais selon un angle particulier que l’artiste se plaît à rappeler : « Je ne mets pas des œuvres en situation, je fais œuvre de situations. « Néanmoins, leurs œuvres demeurent de l’ordre d’un discours référentiel plus décoratif que résolument novateur. Ils restent dans un genre anodin qui ne fait pas forcément remonter des images naïves et sourdes sorties des inconscients qui nous terrassent. Ils sont plus kantiens que nietzschéens et habités de leurs certitudes.
Préférons à ces inventor veritatis les Don Quichotte – éternels amoureux qui n’exigent rien, mais dont l’amour pénètre tout lentement et plus particulièrement la peinture ou la poésie sans savoir où elles les et nous mènent.
jean-paul gavard-perret
André Velter & Ernest Pignon Ernest, Ceux de la poésie vécue, Actes Sud, 2017.
