Alexis Bardini, Ressacs

Alexis Bardini, Ressacs

Avec le temps

Dans ce dialogue entre un homme et son ombre, leurs voix s’interrogent, évoquent le passé mais s’effritent et se rapprochent pour enfin se rejoindre dans le présent dans les allers-retours puissants entre un poète et un marin et la présence constante de la mer insondable.
D’où cette métaphore sur le questionnement identitaire mais aussi sur le rôle de la parole poétique. Le fondement onirique de ce travail retient le pire et le meilleur dans un tel livre qui se structure en profondeur, comme chez Walser entre autres, car il faut l’avoir en soi pour le déchiffrer.

Un tel poète possède rarement cette capacité dans ces échos. Elégie et onirisme s’y fondent dans une poésie où la douleur du temps passé fait le lit d’un regard si proche sur ce qui fut et se défait.
L’univers disparu se métamorphose et revit par un langage précis et doux. Le murmure de l’auteur touche de manière étrange. Dans ce regard neuf, la sécrétion d’émotions les plus simples est prégnante. La vie bat sans virus de mort mais en pulsion.

Et si la paroi du temps passé demeure, le livre dans sa gravité reste léger malgré les abysses. Le poète déplace les lignes de fuite, les rapproche en successions de moments : il est à nouveau dedans.

jean-paul gavard-perret

Alexis Bardini, Ressacs, Gallimard, collection Blanche, 2024 – 15,00€.

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