Alexandre Vialatte, Le Cri du canard bleu

Alexandre Vialatte, Le Cri du canard bleu

Vialatte le superfétatoire

Vilatte est devenu cultissime et intouchable. Ce qui fait dire à un critique  – au demeurant comédien brillant et lui-même feuilletoniste piquant –  « Qui suis-je pour parler de Vialatte ? ». La vitrine poétique de son illustre devancier est pourtant celle d’un brocanteur. Certes, il ne prétendait pas écrire l’histoire de la genèse et du chaos ; pour autant et insidieusement son style dissimule une science de la nostalgie des plus anecdotiques et rances. Vialatte est à ce titre le type même de l’écrivain surfait. Il a su caresser un style particulier construit sur un savoir-faire capable de recouvrir les apparences de l’Auvergne d’une aura pseudo-poétique. Au lieu de révéler un ailleurs, elle permet de ne jamais aller nulle part que là où l’on est.

Houdini de l’évasion digressive, l’auteur fait pâmer tous les Jean-Louis Ezine et les chroniqueurs de France Culture. Vialatte joue d’une prose capricieuse dont la puissance poétique – si puissance et si poésie il y a – n’est propre qu’à séduire les gogos des effets-retour. Le chroniqueur a donc trouvé sa juste place dans un monde dépressif. Son univers suranné fait acte de foi. Mais seuls les fervents du « Vieux style » comme disait la Winnie de Beckett se pâmeront devant l’évocation d’un gramophone «à la gueule rose et ténébreuse » et s’en feront leur quatre heures ou leur quart d’heure de littérature. Il est vrai que l’auteur sert de caution  à la croyance selon laquelle retourner vers le passé revient à se ressourcer. Dès lors les «  incartades »  à la fourme d’Ambert sont prises pour le poids des mots et le choc du sel de la terre.

Mais Vialatte n’est pas Artaud. Il n’a pas trouvé, liée au sol, perdue dans les couleurs de lave volcanique, la sève vibrante d’une réalité magique dont certains prétendent qu’il rallume le feu. Il s’est contenté d’une écriture bien cirée comme des souliers du dimanche de celles et ceux qu’il s’est plus à camper en cohorte vers les offices religieux. Pas de quoi faire de cette littérature une choucroute ou  une potée auvergnate.Vialatte feint de prendre le bas pour le haut, l’obscurité pour la lumière mais il a surtout le souci que tout reste bien en place. Rien de sauvage et ample, aucun bouillonnement sourd. Son « canard bleu » couine dans une basse-cour en ignorant les forêts immenses imprégnées de la nuit et de la chair de lune. Il n’y a là ni tourmente ni rêve, la culture des âges premiers est empaillée sous un folklore pétrifié. On prend pour réel sublimé ce qui de fait n’est qu’absence de réalité. Vialatte n’a jamais cherché le réel mais ses effets.  Il devient pourtant l’auteur parfait lorsque la nostalgie redevient ce qu’elle était et renaît de ses cendres. Non dans l’espoir d’un grand soir mais d’un petit matin du monde.
Osera-t-on dire un jour que Vialatte est illisible. Et qu’il est à la littérature d’aujourd’hui ce que Luis Pergaud fut à celle d’hier ?

jean-paul gavard-perret

Alexandre Vialatte, Le Cri du canard bleu, Le Dilettante, Paris, 64 p. – 10,00 euros. 

One thought on “Alexandre Vialatte, Le Cri du canard bleu

  1. Monsieur,
    Même en acceptant, ce qui déjà demande un effort, douloureux, les mots de votre critique pourriez-vous me dire de quoi traite le cri du canard. Car les mots sont si généraux qu’ils peuvent s’appliquer à l’œuvre (multiple) de Vialatte en général mais pas au Canard en particulier. Merci de me livrer le contenu critique du canard. Avec mes cordiales salutations.

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