Alexandre Jollien, Petit traité de l’abandon
L’abandon permet d’accepter ce qui est dans l’instant présent
Alexandre Jollien est un philosophe qui me parle. Tout simplement car sa quête de vérité s’inscrit dans la matière. Elle est nourrie par sa propre expérience. Handicapé de naissance, Alexandre Jollien a passé 17 ans dans une institution spécialisée, ce qui ne l’a pas empêché de poursuivre de brillantes études de philosophie à l’Université de Fribourg en Suisse et de collectionner les prix littéraires en France. Son premier ouvrage Éloge de la faiblesse paru en 1999 a obtenu le prix Mottart de l’Académie française et le prix Montyon 2000 de littérature et de philosophie. Une reconnaissance qui ne pèse pourtant pas lourd face aux regards moqueurs qu’il continue de croiser dans la rue.
Dans son dernier ouvrage, Petit Traité de l’abandon, Alexandre Jollien, nous parle de ce corps physique douloureux, dont il ne maîtrise pas les gestes. Il y évoque les blessures qui se réflètent dans regard des autres, il nous parle de sa colère, de ses moments de désespoirs. Mais loin d’être une plainte, ce livre est plutôt une invitation à le suivre dans son voyage intérieur. Il y partage ses avancées sur le chemin du lâcher -prise avec une sincérité bouleversante. Il nous guide sur la voie du détachement et nous propose « d’oser la non-lutte ». Attention toutefois. Le chemin qui le mène a l’abandon est bordé de pièges : le manque, l’ego, la peur.
Alexandre Jollien nous raconte comment en explorant les ténèbres, il a découvert la lumière du dépouillement, de la gratitude, et de l’humilité. L’abandon permet d’accepter ce qui est dans l’instant présent. Alexandre Jollien parle d’acceptation et non de résignation. Il nous invite à acceuillir nos émotions, sans les juger. Pour lui c’est cela l’héroïsme, « c’est goûter à fond le réel « . Il nous propose de vivre dans le flux de la vie et non à contre-courant.
Et cela demande de la détermination et du courage. Le courage d’avancer chaque jour vers la paix intérieure pas à pas, en se demandant comment être dans la joie ici et maintenant. Dans cet ouvrage, le philosophe nous révèle qu’il est possible de vivre avec ses blessures si on est déterminé à avancer vers le soi véritable. Cette partie de nous-même qui est libérée des projections, des attentes et des peurs, et qui n’attend qu’une chose : sortir de l’ombre. Alexandre Jollien est donc une sorte d’éclaireur.
La vie l’a poussé avec violence sur ce chemin de l’exploration intérieure. Son témoignage est précieux et nous enseigne l’essentiel. N’hésitez plus. Si vous avez perdu le contact avec votre monde intérieur. Ce livre sera votre GPS.
sandra coutoux
Alexandre Jollien, Petit traité de l’abandon, Editions du Seuil, septembre 2012, 117 p. – 14,50 euros.