Alex Wheatle, Island Song
Un roman chaleureux à lire en sirotant un ti-punch et en écoutant un peu de jamaican sound
Banlieusard londonien, Alex Wheatle n’oublie pas ses origines jamaïcaines. Comme quoi l’ « intégration » d’un immigré ne passe pas nécessairement par l’assimilation pure et simple à la culture dominante du pays d’accueil. Être attaché à sa terre natale et néanmoins la quitter : cette idée ne semble pas contradictoire pour l’auteur. Il l’illustre en toute simplicité dans son roman Island Song, à travers l’histoire de deux sœurs. Leur enfance, leur vie paisible au village de Claremont, leurs amours, et puis leur exil pour l’Angleterre rêvée : Jenny et Hortense parcourent un long chemin depuis le milieu du XXe siècle jusqu’à nos jours. L’occasion rêvée pour l’auteur de mêler aux nombreuses scènes de la vie quotidienne l’évocation du passé colonial. Le portrait d’une Jamaïque marquée par son passé mais résolument tournée vers l’avenir se construit peu à peu.
Ce roman déborde de sensualité. Les pages sont bercées par les spirituals, animées par l’énergie des bal-pelouse, ou enfumées par l’atmosphère des bars jazz. Les paysages de la Jamaïque, somptueux, colorés et remplis des parfums de fruits et de rhum, s’offrent au lecteur dans des descriptions réjouissantes :
Les premiers rayons du soleil venaient juste d’apparaître au-dessus des collines orientales, faisant jaillir une pluie de lumière sur la verte vallée de Claremont et scintiller le ruisseau qui dévalait les ravins aux rives broussailleuses des hautes terres. L’eau se précipitait dans les rigoles de glaise et de calcaire qu’elles emplissaient, alimentant la végétation des terres basses. Il n’y avait pas un nuage en vue, seulement un z’oiseau-docteur qui planait dans les cieux, exposant toute l’envergure de ses ailes et sa longue queue fourchue et bariolée, inspectant cette terre aux allures de paradis qui s’étendait sous lui. […] Un nouveau matin aux pays des sources.
On pourrait regretter que les personnages se limitent à quelques traits de caractère très vite identifiables. Peu de surprise pour le lecteur. Même si elles sont aux prises avec des douleurs secrètes, Jenny et Hortense sont campées une fois pour toutes et n’évoluent qu’à peine au fil du récit. Le roman ne manque pas de souffle pour autant, grâce au langage truculent des Jamaïcains : leur parler haut en couleur est à la fois sensible, franc et candide. Tout le monde baratinaille, faisant couler des paroles tantôt sirop-miel tantôt usant d’une langue-claque-foué.
Island song est un roman chaleureux et optimiste, à lire en sirotant un ti-punch et en écoutant les disques conseillés par l’auteur en fin d’ouvrage.
m. piton
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Alex Wheatle, Island Song (traduit par Nicolas Richard), Au Diable Vauvert, février 2007, 438 p. – 23,00 €. |
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