Alex Barbier, De la chose

Alex Barbier, De la chose

« De l’amour »

Découvrant son premier Tintin avant même de savoir lire, Alex Barbier a toujours su qu’il était fait pour la bande dessinée. Il a commencé dans le métier en travaillant en 1975 à « Charlie Mensuel » et publie dans la foulée ou presque  Lycaons  en proposant une narration graphique nouvelle par la pratique de la couleur directe. Il publie ensuite  Le Dieu du 12  en chamboulant toujours le genre graphique. S’ensuit un temps de vaches maigres. Grâce aux japonais de  Morning, il est enfin reconnu.
Lauzier lui offre une exposition au festival d’Angoulême. Il commence une collaboration avec les éditions Delcourt qui éditent  Les paysages de la nuit  et  Comme un poulet sans tête. Ses planches couleurs sont devenues des must. S’y perçoit toujours un désir d’expérimentation dans laquelle chaque page est en elle-même un aboutissement tout gardant un sens dans la logique de la narration.

De la chose  reste à cheval entre la BD et la peinture (genre que le plasticien choisit pour se reposer de la première). L’album est le pendant plus précis, corporel et chaud au De l’amour  de Stendhal. L’idée de ce projet de respiration et de halètement s’est monté au fil du temps, l’artiste peignant chaque année quelques rares toiles érotiques. Sans chercher la provocation Barbier évoque les corps entrain de pratiquer cette « chose » essentielle au bien-être existentiel. Sans histoires (enfin presque) et en deux sujets confondus, l’album est la chronique d’une petite mort annoncée pris sous divers angles et au fil des lumière des saisons. L’orante et son amant font ce qu’ils doivent faire

Sans laisser poindre la spécificité des sexes sinon par ses lignes de fuite, son horizon, demeure le mouvement fiévreux et lascif. Les postures sont forcément équivoques (comment pourraient-elles ne pas l’être ?). Tout est scénarisé par l’artiste afin que les voyeurs rêvent d’identiques cérémonies secrètes dans la chaleur de divers types d’étés indiens. C’est pour Barbier un rite. Il offre sa tournée, se plaît à scénariser le désir selon une préoccupation que certains jugent dérisoire mais dont relief trouble reste le plus beau des paysages.

jean-paul gavard-perret

Alex Barbier,  De la chose, Fremok/FMRK, collection « Quadrupède »,  Bruxelles, 2017, 56 p.

Laisser un commentaire