Alessia Valli, La nostalgie du crépuscule

Alessia Valli, La nostalgie du crépuscule

L’instant de l’éternelle rencontre

Il existe parfois une tranchée entre ce qu’on voit d’une histoire d’amour et ce qui est vécu de l’intérieur. Surtout lorsque ses protagonistes sont séparés de cinquante ans et que les rôles sont à la fois « logiques » quoique inversés. Dans La nosltagie du crépuscule (quel beau titre !) le vieillard (Patrizio) veut vivre l’instant, la jeune femme de vingt ans (Cassandre la bien nommée) rêve de fusion bien qu’elle ait l’âge de toutes les promesses et son amant celui des résignations. Difficile pour ce dernier en dépit de son âge de prendre cette femme comme une chance. Sa jeune « maîtresse » l’apprendra souvent à ses dépends. Mais il lui faudra du temps : « A soixante-dix ans, un homme est moulé dans son équilibre, avec son vécu, ses préjugés, ses peurs ancrées, enracinées. Que pouvais-je moi contre ces chaînes ? » écrit-elle.
En dépit de ce que l’héroïne Cassandre sait qu’il va arriver, elle ne peut faire l’économie de l’absence, de la perte de sérénité et d’un surgissement d’une forme d ’ »hystérésie ». Il faut dire que si les histoires finissent mal en général,  celle-ci est conduite par les deux amants n’arrange rien. Néanmoins et pour une fois, la fin est  prévue mais pas celle que l’on attend.

De facto il existe a priori une destruction que le vieillard mène avec astuce machiavélique en une forme de grandiloquence baroque. S’affichant comme un « philosophe fou », il donne à l’aimée du grain à moudre comme si l’excentricité affichée pouvait faire passer comme lettre à la poste une sorte de subtile goujaterie. Ce qui n’empêche pas à l’héroïne d’atteindre en fin de parcours « un temps à l’état pur » (Proust).
Le roman est donc celui du pas non au-delà mais au sein même de l’amour. Il devient la fiction de la transcendance ou de la transgression du rapport sentimental. Les deux amants sont suffisamment loin pour ne plus être méfiants. Du moins pas comme on l’entend généralement. Il reste quelque chose de sacré dans un tel pouvoir de dépassement. Il peut passer pour impossible même s’il est bel et bien présent chez les grandes amoureuses. Cassandre a eu la chance d’en faire partie. Sa narratrice peut-être elle aussi…

En supprimant ce qui divise, le jeu d’un tel amour permet de déposséder l’un,  de désapproprier l’autre et de franchir l’immense espace incertain où peu à peu les empêchements finissent par céder. Et ce, jusqu’au dernier d’entre eux – le plus fatal – qui plus que de fermer ouvre une histoire où l’amour reste l’exigence d’écriture.

jean-paul gavard-perret

Alessia Valli, La nostalgie du crépuscule, Michalon éditeur, Paris, 2015, 223 p. – 16,00 €.

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