Aldo Qureshi, La nuit de la graisse
Kafkarevisité en mode hard-core
Aldo Qureshi présente ici des vases et autres tubes communiquant. Il propose un étrange voyage dans sa vie – du moins tel qu’il l’image et la fantasme – et ce, moins dans l’absolu que le salace. Non que les deux ne puissent faire cause commune mais il se refuse à aligner les cartes du Tendre et leurs branlants brelans d’as. Il préfère les tripots douteux et autres souterrains plus viscéraux.
Si les ventres ne sont pas ouverts, il s’en faut de peu et les yeux se mangeraient bien vite dans des assiettes. Preuve que Qureschi n’a rien d’un ascète littéraire. Il ose des scènes qui ne sont pas loin de l’enfer. Ses vignettes ne cessent de le rappeler. Et si nos sociétés sont censées n’avoir plus de gras (pour les pauvres), une graisse s’empare soudain d’une ville-monde. Peu d’issue pour la quitter.
Et l’huile des vits d’ange et d’autres sécrétions s’étend. Cela ne rend en rien les femmes légères et les hommes non plus. Kafka est revisité sur un mode plus hard-core. Car si le cancrelat a disparu (eu égard à une chimie douteuse), le troupeau humain fait largement l’affaire. Bref, les loustics sont pris au piège et les gardes-chiourmes font le travail.
Avec le coeur dans la sueur et la graisse en une danse perverse, macabre, glissante. Reste l’énergie qui déplace les lignes là où tout s’englue.
Le narrateur fait son possible pour sortir de son labyrinthe – qui est un peu le nôtre. Mais le dehors bouffe le dedans – et vice-versa.
De partout suintent « phytomorphoses » et autre maux là où tout le monde se tient à carreau avant de s’allonger dessus.
jean-paul gavard-perret
Aldo Qureshi, La nuit de la graisse, Atelier de l’Agneau, St. Quentin de Caplomb, 2019, 104 p. – 17,00 €.