Alain Ayroles, Hervé Tanquerelle & Isabelle Merlet, La Terre verte

Alain Ayroles, Hervé Tanquerelle & Isabelle Merlet, La Terre verte

Après Les Indes fourbes et L’Ombre des Lumières (Delcourt 2019 et 2023), Alain Ayroles propose un nouvel antihéros d’une noirceur machiavélique.

En août 1492, un voilier subit une forte tempête. Sur le pont, malgré tout, se tient un homme au corps tordu, à la figure sombre. Aussi, lorsque le soleil apparaît, l’homme, les passagers et l’équipage se réjouissent. Dom Mathias, un évêque, s’approche de l’homme l’appelant Messire Richard et remercie le ciel. La terre vers laquelle ils approchent lui semble empreinte d’une certaine sérénité. Richard rétorque qu’il va cependant trouver à confesser car les hommes emportent partout leur ombre.
En débarquant, ils sont accueillis par une population miséreuse, un fou se moquant d’eux, un petit groupe de soldats mené par une jeune femme. Et peu à peu, Richard va étendre son emprise sur ce pays… pour le meilleur ou pour le pire ?

La Terre verte – Groenland – est le nom donné par Éric le Rouge qui y avait établi une colonie de Vikings vers l’an mille. Il l’avait ainsi présentée, car cette terre connaissait un climat plus favorable au début du deuxième millénaire, dans un but de promotion pour attirer des populations.
L’idée initiale de cette nouvelle saga d’Alain Ayrolles est la suite de l’intérêt qu’il a porté à cette colonie viking, une colonie qui a perduré pendant quatre siècles. Voulant écrire une histoire ayant pour toile de fond cet univers crépusculaire, il a, dès le début, pressenti un ton shakespearien. Peu à peu, s’est imposée, comme une évidence, la résurrection de Richard III après la bataille de Bosworth Field, et son envoi sur ces terres désolées pour se faire oublier. L’auteur retient donc ce personnage charismatique, retors, cynique, assoiffé de pouvoir, prêt à tout pour l’obtenir, pour traiter les thèmes que l’auteur souhaitait aborder.

Face à lui, s’impose Ingeborg, un éclat de lumière dans cet univers bien sombre. Au départ, elle est fascinée par Richard, mais elle évolue tout au long du récit et se révèle suffisamment puissante pour tenir tête à ce monstre. On peut écrire qu’elle est la véritable héroïne de cette saga.
La quête du pouvoir est au cœur de cette histoire avec un protagoniste qui incarne cette soif menant jusqu’à la folie. Le scénario retrace cette avidité qui conduit à des extrémités terribles, des choix funestes, une fuite en avant destructrice. C’est l’image de notre époque où de trop nombreux dictateurs, tyrans et autres autocrates entraînent des peuples entiers au désastre.

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arallèlement, Alain Ayroles développe toute une suite de personnages secondaires remarquables pour mettre en scène la religion, les forces indigènes et les diverses facettes de ce pays. Si, aujourd’hui, le Groenland est sous le feu des projecteurs à cause de l’ignoble orange, le scénariste ne surfe pas sur cette actualité. Il a commencé à écrire il y a cinq ans.

Le choix d’Hervé Tanquerelle allait de soi pour le dessin. Les deux auteurs se connaissent à travers leurs œuvres et le dessinateur connaît bien le pays pour y avoir séjourné. Avec son talent, son trait rapide, sa capacité à donner une expressivité tangible à ses personnages, il donne des planches d’une qualité remarquable. La mise en page, le fil narratif font merveille. Le travail conjoint entre scénariste et dessinateur se ressent dans toutes les phases.
C’est à Isabelle Merlet, assistée par Jérôme Alvarez, que revient la mise en couleurs. Celle-ci est tout à fait appropriée, faisant ressortir ce climat prégnant, cette atmosphère poisseuse, le froid et la misère des populations de manière naturelle.

Cette Terre verte est remarquable à tous points de vue. C’est un régal de lecture !!!

Alain Ayroles (scénario), Hervé Tanquerelle (dessin), Isabelle Merlet et Jérôme Alvarez (couleur), La Terre verte, Delcourt, coll. Mirages, avril 2025, 264 p. – 34,95 €.

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