« A bigger Splash » : entretien avec l’artiste belge Aurélie William Levaux (La poutre de mon oeil)

« A bigger Splash » : entretien avec l’artiste belge Aurélie William Levaux (La poutre de mon oeil)

Aurélie William Levaux transpose les intempéries du quotidien dans une merveille de poésie ironique. Elle fait partie d’emblée des grands iconoclastes belges. L’existence est reprise autant de manière frontale qu’à rebours. Elle tient aux moindres gestes paternels et maternels. Ils prouvent l’inclination à l’amour qui peut se cultiver autant par négligence que volupté de précaution. La créatrice efface l’insondable tristesse des jours.
La question de l’inscription de la femme (par le corps de la créatrice) domine l’œuvre en tant que mode de perception et de mise en scène contre les illusions d’optiques. Au moment où certain cherchent dans la féminité une image oubliée, une image-mère, où d’autres s’en font les tapissiers, les tailleurs ou les cuisiniers, Aurélie William Levaux la laisse vivre dans sa superbe et une certaine insouciance propre à cacher des blessures secrètes.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
J’aime bien me lever le matin, c’est mon côté militaire.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Mes rêves d’enfant n’étaient pas les miens. Quand on est enfant, on ne peut pas rêver au-delà de ce qu’on connaît autour de soi, on se calque forcément sur un modèle, et les modèles parfois, ils font moyen rêver, après réflexion. Par contre, les promesses que je me suis faite adolescente, je les ai respectées, je ne me suis pas trahie, c’est déjà pas mal.

A quoi avez-vous renoncé ?
A rien. Je laisse la vie décider, je continue à avancer comme je le sens, je ne lâche pas grand chose et si les choses me lâchent c’est quelles n’étaient pas faites pour moi.

D’où venez-vous ?
D’une famille catholique à fond de onze enfants dont je suis l’aînée, dans la campagne belge au bord d’une grand route.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Le sens critique, le goût de l’écriture, la spiritualité, la nervosité, la complexité.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Je suis boulimique de tout d’une manière générale, les petits plaisirs se transforment vite en orgies monstrueuses.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Je ressemble à Darryl Hannah dans « Splash ».

Comment définiriez-vous votre approche du dessin ?
Je n’en ai pas. Sort ce qui doit sortir. Par contre, ça me plairait vraiment d’en avoir une et de pouvoir en parler.

Quelle est votre première lecture ?
Ma mère nous lisait les contes de Grimm et les conte des Mille et une nuits entre autres chaque soir.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Beaucoup de tout. Phasiquement le même morceau, en boucle, jusqu’au dégoût.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je déteste relire un livre, je sais que je ne retrouverai pas la sensation première à la relecture, or j’aime la sensation première de la lecture, pouvoir la garder en moi, même si je ne me souviens plus que d’elle, et plus du tout de ce que le livre racontait.

Quel film vous fait pleurer ?
« Une femme sous influence» de Cassavetes m’a fait pleurer une fois (pareil avec mes histoires de sensation première, je ne revois pas les films)

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Darryl Hannah dans « Splash ».

A qui n’avez-vous jamais os écrire ?
J’ai écrit à tout ceux à qui je voulais écrire, et parfois j’aurais franchement dû ne pas oser.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Proche, je n’en sais rien, mais j’aime Caroline Lamarche, Elfriede Jelinek, Marguerite Duras, Raymond Carver, entre beaucoup d’autres.

Que défendez-vous ?
L’intelligence et la blague qui détend.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
J’aurais pu la trouver pas mal, mais finalement, je la trouve assez pathétique.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Tout à fait.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Allez-vous faire du cinéma avec Baptiste Brunello ?

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 25 octobre 2016.

 

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