Mot nu mental
L’écrivain ignore quelle palpitation en lui prétend à la rumeur mais il l’attend : car sa tension est capable de briser un cristal. Il ne peut la faire venir à son gré mais sourdement la prépare de tout son passif qui permettra au poumon de l’écriture à souffler du verre entre flux et ressac, écueil et anémones dans des vagues répétées, mais jamais identiques.
Au cœur de l’immobile, il sent passer le vol de l’oiseau des îles aux heures de la nuit plus légères qu’un rêve et qui vont de lunes en lunes avec au ventre le cri contre le silence. Il n’existe donc pas de préalable prévisible à cet avènement et pas de point de départ extérieur à la composition « poétique ».
La vie va, il faut laisser venir, attendre pour atteindre ce moment dans lequel se déploie le travail de l’imaginaire. L’expérience s’y confond avec l’invention. Le vécu et l’inventé se rapprochent et s’éloignent l’un de l’autre. La réalité concrète y demeure, elle paraît être la condition mais ne reste plus centrale, ni clairement définie ou évidente.
L’acte créateur à ce point est la découverte d’une signification inconnue même si nul n’invente rien qui n’ait déjà été inventé. Pourtant, le facteur personnel compte beaucoup et transforme ce qui avait été émis même si un autre pouvait bien l’avoir dit aussi.
Mais pas de la même façon. Car dans l’invention d’un rythme neuf, les mots se particularisent, apportent leur identité à contre-sens.
jean-paul gavard-perret
Photo de R. Groebli
2 réflexions sur « Mot nu mental »
Lacan a identifié le lien entre réel et inconscient . JPGP l’orientalise avec sa vision poétique d’une création qui flotte au gré du temps . Ni début ni fin .
❣️❤️Magnifique ❣️
Et le titre est top