Alain Frontier, du mauvais père

Réga­lade

Alain Fron­tier sait dépla­cer les lignes sur le ring de la mémoire comme de l’imaginaire.
Tout est converti en par­ti­cules ver­bales où la langue lan­guit, gémit, danse en divers jeux et esquives.

Dans un dis­po­si­tif à l’enchaînement rigou­reux des phrases et à la mul­ti­pli­cité des repères, rien n’est laissé au hasard mais tout conduit à un livre impos­sible que récla­mait déjà Blan­chot.
Der­rière ou sous une ligne nar­ra­tive “froi­de­ment désaf­fec­tée” (Chris­tian Prigent) sur­git une forme de mise en écarts. Dans un pré­sent intem­po­rel, s’instruit un volon­taire flot­te­ment au milieu de seg­ments de vie évo­qués de dif­fé­rentes manières : pho­tos récentes ou vieux tableaux entre autres.

La voix qui parle elle aussi se veut neutre — ce qui aug­mente l’effet de flot­te­ment, le tout dans un mon­tage aussi frac­tal que doux là où le temps et l’espace — au demeu­rant “vrais” — ont du mal à trou­ver har­mo­nie ou hié­rar­chie.
Tout est astu­cieux et pro­blé­ma­tique jusqu’en des com­men­taires qui singent l’érudition et ouvrent le texte pre­mier à une médi­ta­tion plus ou moins farcesque.

Objec­ti­vité et sub­jec­ti­vité deviennent ici des concepts obso­lètes. Tout va dans rien et rien dans tout là où l’imaginaire comme le réa­lisme ne peuvent conve­nir à ce fes­tin ver­bal.
Un régal.

lire notre entre­tien avec l’auteur

jean-paul gavard-perret

Alain Fron­tier, du mau­vais père, Les presses du réel, 2022, 56 p — 9,00 €.

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Filed under Chapeau bas, Espaces ouverts, Poésie

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