Jean-Luc Parant, Soleil la nuit

Atteindre l’extase du monde

L’auteur a tou­jours connu la ter­reur de l’ombre. Il sait que ses ancêtres ne se sont jamais débar­ras­sés de leurs monstres noc­turnes. Au lieu de les cares­ser dans le sens du poil ou de leur prê­ter son flanc il en a fabri­qué d’autres : ani­maux ou diables se retrouvent par­fois cal­feu­trés dans ses livres pour évi­ter des rhumes, des orgies et sur­tout la cécité.
Quoique pro­fon­dé­ment ter­restre et tel­lu­rique, le poète et artiste croit à la métem­psy­chose et à la voyance.

Sa poé­sie peut se résu­mer dans les ver­sets de son der­nier et superbe livre qui, à lui seul, est la somme d’une recherche de plus de cin­quante années.
Créer se résume à faire « Comme s’il y avait la terre du jour au-dessous du ciel de la nuit. Comme s’il y avait la terre de la nuit au-dessous du ciel du jour » pour atteindre la lumière et l’extase du monde.

Dès lors, son poème-fleuve inter­roge notre être-au-monde avec une liberté à la fois nou­velle et atem­po­relle, comme si cette parole nous venait des ori­gines : “Nous ouvrons les yeux / comme si au cours / de notre voyage / dans notre tête / une étoile / dans la nuit / s’était tant rap­pro­chée / de nous / qu’elle nous avait / éclai­rés / et que nous étions / sor­tis au-dehors pour la voir briller.”

Soleil la nuit est le troi­sième volet d’une tri­lo­gie, com­men­cée avec Soleil absent (2020) puis Soleil les autres (2021). Elle est la suite logique d’une expé­rience artis­tique et poé­tique de Parant qui trouve son fon­de­ment en des scènes trau­ma­tiques.
Tou­te­fois, l’artiste reste muet sur le sujet qui causa chez lui des crises de mélan­co­lie pro­fonde mais aussi des révoltes que lec­tures et images de sa jeu­nesse ont entretenues.

Depuis plus de soixante ans, elles donnent tout son sens à un tra­vail auquel le créa­teur accorde une dimen­sion imper­son­nelle, dis­tan­ciée même s’il porte le monde sur son dos. Par­fois sous forme de boules bien rondes qu’il s’est plu par­fois à empi­ler (de manière com­pul­sive, disent ceux qui ne com­prennent rien).
Il n’y a là aucune impos­ture mais un moyen de faire la nique aux envo­lées mythiques par l’épreuve de la terre et le peu qu’elle est.

Ici, le soleil noc­turne la remplace.

jean-paul gavard-perret

Jean-Luc Parant, Soleil la nuit, Les presses du réel — Al Dante, Paris, 2022, 56 p. — 10,00 €.

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