Anna Ayanoglou, Sensations du combat

Anna Ayanoglou, Sensations du combat

Tout ce qui reste

Anna Ayanoglou a grandi à Paris, mais ses origines sont multiples : vendéennes, crétoises, grecques d’Asie mineure et polonaises.
Son premier recueil, Le fil des traversées, fut remarqué et obtint deux prix majeurs. Il était l’écho de trois années vécues en Lituanie et en Estonie.

Sensations du combat est encore plus puissant que celui-là, par la force d’une écriture qui sait néanmoins jouer de la retenue afin d’inventer une musique de l’intime.
Une nouvelle fois, l’auteure s’inspire toujours d’un même fond : une réalité vécue dont elle se saisit pour exprimer l’existence.

L’écriture est là pour ordonner le chaos. Car la poétesse ne se contente jamais de l’épouser- ce qui est une fosse d’aisance de la poésie.
Elle lutte face à ce que sa vie propose de désillusions, contre les discours simplistes, la pâleur du quotidien et la difficulté d’aimer.

Ce qui reste pour l’auteure tient à la faculté de « nourrir en soi le feu / ne pas perdre la force / savoir construire la ruse ».
L’écriture est à ce titre moins une sortie ou une fuite qu’une mentalité habile et le moyen non seulement de tenir mais d’avancer, « le cœur débordant », sans en rien laisser paraître toutefois.

La décision de créer se dispense donc de toute litanie lyrique C’est ainsi que le silence intérieur déborde malgré les bruits du monde. Preuve que l’auteure refuse de vivre à l’état de fantôme.
Surgit parfois un ineffable mais il n’a rien d’insignifiant. Sentir tituber la terre quelque part entre le silence et le corps n’empêche pas de se battre et ce, par un regard sur soi et sur le monde qui n’en retient pas que les reliques.

Entre martèlement et déchirure, détails et dépouillement, l’auteure fait le tri entre l’inutile et ce qui nourrit. Elle colmate éboulis, cassures et blessures sans propension à faire chauffer l’usine à gaz de l’ego.
Chaque livre semble devoir devenir pour Anna Ayanoglou un journal poétique afin de faire le point.

L’auteure sait couper tout laïus, s’arrêter sans se perdre dans des digressions superfétatoires.
Bref, comme Beckett, elle sait oser à chaque étape un « finalement assez ».

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jean-paul gavard-perret

Anna Ayanoglou, Sensations du combat, Gallimard, collection Blanche, Paris, le 19 mai 2022, 88 p.

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