Denis Ferdinande, L’arche nuit

Les noeuds noir cor­beau des mots

Dans L’arche nuit l’imaginaire ne contri­bue plus à l’élaboration de pos­sibles mais ne cherche pas plus à dis­si­mu­ler quoi que ce soit. Il déploie encore une éner­gie capi­tale et para­doxale.
Par elle, toutes les forces de refou­le­ment, les forces de résis­tance et d’envasement cernent l’être.

Certes, l’opus devient celui d’un des­sè­che­ment mais par débor­de­ment. Au fleuve Amour fait place celui de la dis­so­lu­tion, de la déco­lo­ra­tion d’un sens uni­voque, absolu et qui est géné­ra­le­ment celui de la com­mo­dité de la conver­sa­tion lit­té­raire voire poé­tique.
L’auteur touche à un ima­gi­naire non qui renonce à toute sen­sa­tion mais se retranche de l’expérience affec­tive ou la vide d’un maxi­mum de substance.

C’est une expé­rience nova­trice. Elle per­turbe la balance du sen­sible et de l’Imaginaire en un pro­ces­sus qui fait masse plus que sens. Fer­di­nande a besoin d’un tel rem­part pour sai­sir  peu à peu l’appauvrissement de tout.
A tra­vers cette “arche-iv®e”, ses coups au coeur n’on plus rien d’incurables même si, lorsqu’il tente encore de les écrire, tout n’est que fumée lourde d’un passé lointain.

Des (brèves?) sen­sa­tions de bien-être et l’énergie que donne la psy­cho­lo­gie dans toute fic­tion ou auto­fic­tion s’estompent. Le “vou­leur” de phrases  se sent de moins en moins apte à l’existence. Mais reste les noeuds noir cor­beau des mots.
S’y trouvent — pour le lec­teur aussi — des plai­sirs et non de moindre satis­fac­tion même si le pro­pos pre­mier n’est pas la signifiance.

De “la stu­pé­fiante étran­geté de la vie”, Fer­di­nande ne retient que l’envie de s’en affran­chir. Et là en un acte pre­mier, inouï et noc­turne comme l’adjectif du titre invite à le pen­ser.
Le tout sans cible au sen­sible et sans chair où le sang sonnait.

Néan­moins, tout fonc­tionne, comme si l’impuissance de vivre en dehors de cette fin de scène et de par­tie pou­vait suf­fire. Fer­di­nande sait bien que tout semble inutile.
Rien qu’il sache ne peut résis­ter à la mort mais l’arche est tou­te­fois une manière de sau­ver sinon les meubles du moins l’immobilier.

jean-paul gavard-perret

Denis Fer­di­nande, L’arche nuit, Ate­lier de l’Agneau, coll. Archi­textes, 2020, 150 p. — 18,00 €.

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