Michel Leperre, Journal de ma guerre d’Algérie – Journal du 55/2B
Ce livre est une tranche de vie constituée d’extraits du journal de Michel Leperre, de ses lettres à ses parents. Le corpus est complété par des lettres qu’il a reçues, des articles de journaux et des documents trouvés au Service historique de la Défense.
Au sortir de son école supérieure, l’auteur et son ami Yves Bruant intègrent l’école des officiers de Saint-Maixent puis sont affectés dans le Nord Constantinois, une région difficile dans ce qui ne s’appelait pas encore la guerre d’Algérie.
Outre la richesse des documents, ce livre est singulier par le profil de son auteur. « Me voilà officier d’action psychologique. La plaisanterie est plutôt sinistre et je ne sais pas encore ce que je vais faire » écrit-il.
Mais le dégoût pointe très vite et « c’est une malhonnêteté de vouloir prêcher le ralliement à la France forte et généreuse ».
L’auteur montre la quadrature des cercles dans lesquels les acteurs actifs ou passifs sont enfermés. Lui-même se trouve soumis à l’exécution de taches devenues inutiles voire incompréhensibles et il dénonce ce qu’il voit – dont la torture.
Ce qui entraîne bien des problèmes avec sa hiérarchie et son propre père.
La force du livre tient à sa qualité littéraire. Pour atténuer l’intolérable, Leperre tente de cultiver un certain détachement lorsque cela est possible sur ce qu’il nomme « la terre d’exil ». Bien des vérités sont émises.
Seule ombre au tableau : l’absence de ceux qu’on appela « pieds-noirs » : ils sont aussi effacés qu’ils le furent lors de leur retour en France quelques années plus tard.
jean-paul gavard-perret
Michel Leperre, Journal de ma guerre d’Algérie – Journal du 55/2B, Editions Michel de Maule, Paris, 2020, 243 p. – 25,00 €.