Collectif dirigé par Frédéric Prilleux, Stories of The Dogs – Histoires pour Dominique / Serguei Dounovetz, Fleur de bagne / Laurent Fétis, Un grand bruit blanc

Collectif dirigé par Frédéric Prilleux, Stories of The Dogs – Histoires pour Dominique / Serguei Dounovetz, Fleur de bagne / Laurent Fétis, Un grand bruit blanc

Du rock pour tous les goûts dans cette fournée aussi atypique qu’intéressante, proposée par toute une kyrielle d’auteurs, véritables passionnés.

C’est bien connu, polar et musique sont complémentaires. Outre-atlantique, la tendance est plutôt polar jazz comme en témoigne le roman de Billy Moody, Sur les traces de Chet Baker, publié aux éditions Rivages en 2004. Cela a bien entendu influencé les auteurs français, Jean-Marie Villemot en tête, avec Abel Brigand, lui aussi paru aux éditions Rivages, en 2002. Ces derniers temps, le polar français se conjugue au rock. Par deux faits hautement symboliques. Aux éditions Krakoen, en septembre 2006, c’est une anthologie hommage au chanteur des Dogs, un groupe rouennais qui traversa trente ans de scènes musicales, de nouvelles réunies par Frédéric Prilleux qui est arrivée sur les tables des libraires. En mai 2007, l’éditeur Mare Nostrum a inauguré une nouvelle collection, « Polar Rock », avec deux titres, l’un signé Serguei Dounovetz, l’autre Laurent Fétis.


 Stories of The Dogs – Histoires pour Dominique

Vingt-deux auteurs réunis par Frédéric Prilleux rendent un hommage hypersensible aux Dogs et à Dominique Laboubée. Chaque nouvelle reprend le titre d’une chanson du groupe normand aux douze albums. Chacun y apporte sa propre approche. Ainsi Alain Feydri place le groupe au cœur de sa nouvelle, quand dans « Death Lane » une bande de vieux nostalgiques des Dogs part en 4L assister à un de leurs concerts. Une panne d’essence, un siphonage qui tourne mal, et le noir prend le pas sur la musique. Jean-Hugues Oppel se démarque en proposant une chanson coquine, coquette et politique, qui ne demande qu’à être mise en musique (« Waiting for a miracle »). Denis Flageul ajoute une touche de solitude à un péage d’autoroute (« A million ways of killing time »), tandis que Patrick Raynal propose à son privé Corbucci de courir après une ombre fantasque qui finira noyée (« Dead girls don’t talk »).

Annelise Roux réussit à se démarquer doublement. Elle est la seule femme de cet ouvrage et elle nous livre un récit à la tendresse nostalgique qui ne peut occulter la noirceur féroce qui s’en dégage. Avec « Mon cœur bat encore » se pose le problème du néant dans lequel on sombre quand on est une icône du rock, avec la question toute « hemingwayienne », en sortir ou pas ? Enfin, « Never come back » rend un son bien différent des autres nouvelles qui l’accompagnent. Éric Tandy, son auteur, a été parolier et un de ses premiers textes a été mis en musique par Dominique, himself. Une sombre histoire de mots qui dérapent, d’incompréhension, pour une bagarre dans une rue mal éclairée où un Opinel aux relents de camembert et de rillettes nous plonge dans le néant. Bien sûr, les nouvelles sont inégales, mais elles prennent toute leur ampleur pour qui a vécu avec les Dogs.

À noter qu’un disque de reprises a été pressé que l’on peut écouter en lisant et relisant ces nouvelles qui ont trouvé chez Krakoen l’espace qu’elles méritaient. Que Dominique Laboubée méritait. Ce sont 48 titres réunis dans un double CD, qui nous proviennent du monde entier. La plupart de France, mais avec des ajouts américains, polonais et même japonais : Stories of The Dogs – Songs for Dominique.

La collection « Polar Rock », chez Mare Nostrum – dirigée par Serguei Dounovetz – propose des livres de petit foramt, d’apparence semi carrée, dotés d’une maquette qui n’est pas sans rappeler les 33 T d’antan. Si comme l’écrit l’éditeur, la musique adoucit les meurtres, il n’en demeure pas moins qu’une violence envoûtante se dégage de ces courts textes aux couvertures très années 70. Elric Dufau signe la première illustration, et c’est une grande surprise de voir que la seconde est l’œuvre du chanteur Kent, qui rajoute donc une corde à sa guitare !


 Serguei Dounovetz, Fleur de bagne

Nelly est une postière accorte qui n’est pas enceinte, au contraire de Pulchérie. Cette dernière doit accoucher d’une petite pisseuse qui va chambouler la vie de son papa. Pour l’instant, il revient d’un week-end avec sa postière. Une autostoppeuse dérangée oublie dans la voiture un sac rempli d’un bon kilo de coke. Alors que le métro est en grève et que Pulchérie est partie accoucher, notre narrateur retrouve, malgré les embouteillages parisiens et les déboires de sa Peugeot 504, un refourgueur de dope en la personne d’un Russe tatoueur. Celui de sa fleur de bagne et d’un tatouage plus intime de Pulchérie. Seulement voilà, un tueur à gage fait irruption. Il veut retrouver la marchandise et sulfate l’appartement et la collection de vinyles d’un héros qui n’en est pas un. Il faut alors partir à la rencontre de Venceslas, le tatoueur, récupérer la dope, faire preuve d’un minimum d’aplomb et attendre une mort annoncée.

Serguei Dounovetz inaugure la collection « Polar rock » qu’il dirige avec un court roman déjanté où se mêlent drogue, rock et paternité. Fleur de bagne avait précédemment été publié en 2000 à La Bartavelle. Personnage à fleur de peau et non de bagne, son héros mouille bien plus ses couches que sa chemise ; comme la plupart des hommes il agit sans réfléchir, et réagit soit en bon pleutre, soit en bon courageux pour le meilleur de sa famille – mais si la moralité est alors sauve, sa fortune en prend un coup…


 Laurent Fétis, Un grand bruit blanc

Quand Harry, videur du Kargo, se fait tabasser, sa vie prend un nouveau cap. Victime d’une amnésie psychogène, il doit tout réapprendre de sa vie passée. Il a une femme, un enfant, Mattéo, qui s’ingénie à se plonger dans un roman, Le Chevalier Féérique. Harry découvre, lors d’un passage en Bretagne alors qu’il est en plein dans sa quête identitaire, qu’il est l’auteur de ce roman de Fantasy. Cela explique sûrement les fées qui bourdonnent à ses oreilles ainsi que les Nécromangeurs qui foisonnent. Aurélie zone dans toutes les soirées branchouilles de la place parisienne. Avec son amie Amandine, elles s’épuisent sur les pistes de danse et prennent des acides pour mieux tenir jusqu’aux afters. Pour gagner de l’argent facile, Aurélie se lance dans le deal du Trèfle Blanc. Jusqu’au jour où elle se fait doubler par le frère de son refourgueur. Celui-là même qui a refait le faciès d’Harry, le physionomiste de la boîte préférée d’Aurélie. L’heure de la vengeance a sonné, le chevalier ressort alors l’épée de son fourreau.

Un grand bruit blanc est un polar lui aussi totalement déjanté, cacophonique, qui nous assourdit aux bruits d’une techno trans. Les néons n’ont rien à envier aux flashes d’un Harry complètement perdu qui vit dans un monde où se mêlent réalité et rêve. On assiste à la déchéance annoncée d’une jeune femme immorale et à sa rencontre avec un chevalier qui tient plus du Lancelot trompeur que d’un Perceval d’opérette.

julien vedrenne

   
 

-  Collectif dirigé par Frédéric Prilleux, Stories of The Dogs – Histoires pour Dominique, Krakoen coll. « Court Lettrages », septembre 2006, 214 p. – 10,00 €.
-  Serguei Dounovetz, Fleur de bagne, Mare Nostrum coll. « Polar rock », mai 2007, 96 p. – 10,00 €.
-  Laurent Fétis, Un grand bruit blanc, Mare Nostrum coll. « Polar rock », mai 2007, 144 p. – 10,00 €.

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