Nicci French, Au pays des vivants

Nicci French, Au pays des vivants

Retenez bien votre souffle et respirez un grand coup avant de partir au pays des vivants avec Abigail Deveraux…

Une femme se réveille seule, dans le noir, bâillonnée et entravée par des liens. Son visage dissimulé par une cagoule, elle ne peut rien distinguer de l’endroit où elle se trouve. Elle n’a aucun souvenir de ce qui a pu lui arriver, seul son nom et quelques autres détails lui reviennent. Abigail Deveraux réalise qu’elle a été enlevée, et que l’homme qui vient lui rendre régulièrement visite dans sa « cachette » est bien décidé à la tuer.
Abigail n’a alors plus qu’une idée en tête : s’échapper loin de son tortionnaire. Elle y réussit miraculeusement et se retrouve hospitalisée sous la protection de la police. Mais, trés vite, tout se complique : plutôt que de la croire poursuivie par un tueur en série, son entourage proche ainsi que les policiers commencent à douter de sa santé mentale. Que s’est-il passé ? Quel danger court réellement Abigail ?

Au pays des vivants est le sixième opus des duettistes Nicci Gerard et Sean French. Passés maîtres dans l’art du thriller, ils signent ici certainement un de leurs romans les plus réussis. Bien qu’un peu méfiant au départ, le lecteur s’identifie vite à l’héroïne – identification facilitée par une narration à la première personne. Les auteurs explorent ce qui peut se passer dans la tête d’une personne prise en otage, qui va décider soit de lâcher prise et d’abandonner, soit au contraire de se battre coûte que coûte. Abigail Deveraux choisit rapidement de ne pas rester une victime, elle ne se résigne pas à son statut d’otage ou de « folle » potentielle.

C’est d’ailleurs une des caractéristiques des héroïnes de Nicci French (cf Feu de glace ou Dans la peau) : ce sont des femmes ordinaires, mais avec beaucoup de caractère, elles ressemblent au lecteur, à une de ses amies, ou son épouse, ce qui crée trés vite un sentiment d’empathie. Le courage des personnages surgit rapidement et ils sortent mûris des épreuves qu’ils ont affrontées. Ici Abigail est assez seule dans sa recherche de la vérité et cela fait sa force ! Les doutes qui l’envahissent quant à sa vie passée envahissent aussi l’esprit du lecteur et Nicci French jouent avec ces sentiments contradictoires tout au long du roman. L’écriture est trés visuelle, et on accompagne Abie dans sa captivité et sa quête de liberté. La tension monte à chaque chapitre, les fausses pistes s’accumulent à chaque page, et la confusion nous gagne, la peur aussi ! Il apparaît aussi clairement que les auteurs veulent nous faire affronter la vie, il faut la prendre à bras le corps pour atteindre sa vérité et se sentir libre de toute entrave. Notre inconscient est à l’image de ce livre : un vrai jeu de pistes, un labyrinthe dont on n’est pas sûr de trouver la sortie, mais sans nul doute, le voyage Au pays des vivants vaut le détour.

franck boussard

   
 

Nicci French, Au pays des vivants (traduit de l’anglais par François Rosso), Flammarion Noir, 2004, 380 p. – 19,90 €.

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