Andi Watson, Breakfast after noon
Quand le chômage provoque la lente désagrégation d’un couple alors même que la date du mariage approchait à grands pas…
Dans le monde somme toute petit de l’édition et du livre, les gens vont, viennent et pérégrinent à l’envi, se croisent à maintes occasions et, parfois, gardent des liens malgré les années. Voilà en quelques mots résumée la voie qu’ont suivie les relations de Sophie Aigrot et de quelques membres de la rédaction.
Disant d’elle-même qu’elle adore critiquer les livres et les gens, certains pour leur forme, d’autres pour leur fond… comment aurait-elle pu ne pas trouver sa place au Littéraire ? En tout cas, ce qu’elle a écrit au sujet de cet album de BD nous a plu au moins autant que sa « devise »…
La Rédaction
Breakfeast after noon : voilà un titre que l’on pourrait croire aux antipodes de la fameuse France qui se lève tôt, mais nous sommes en Angleterre et la société de faïencerie Windsor doit malheureusement revoir ses effectifs à la baisse. Louise et Rob, en plein dans les préparatifs de leur mariage, font les frais de ce dégraissage. Après dix ans de bons et loyaux services, Rob ne veut pas croire à son licenciement, préférant attendre gentiment la fin de ce mauvais rêve plutôt que de s’y confronter vraiment. Louise profite quant à elle de ce changement pour suivre une formation et aller de l’avant. Peu à peu, l’incompréhension s’installe entre eux et les silences comme les reproches se font plus lourds.
Andi Watson, auteur de BD bien connu du milieu underground outre-manche, est enfin publié chez nous dans la fameuse collection « Écritures » de Casterman. Il faut dire que le sujet de cette BD se prête plutôt bien au noir et blanc et à une ligne claire très épurée qui fait la part belle aux expressions à vif et aux touches de gris. Il est quand même dommage que l’auteur flirte parfois avec la caricature, faisant de Rob une véritable loque telle qu’on la connaît si bien : couché sur le canapé devant la télé avec l’indispensable bière dans la main, mal rasé, mal sapé, mal luné… De son côté, Louise s’en sort vite et si bien qu’on finit par oublier qu’elle aussi est au chômage. La morale de l’histoire est dès lors toute simple : « le travail c’est la santé » ou encore « quand en veut on peut » ! Avec un tel message, on se dit que cette BD trouverait sûrement sa place dans les espaces d’attente de l’ANPE…
Malgré cette morale un peu pesante, Andi Watson réussit avec beaucoup de justesse à montrer à quel point le chômage est avant tout un tabou, une situation honteuse que l’on cache même à ses proches, et qui conduit dans une spirale infernale bien difficile à enrayer. On comprend alors comment il est possible de tout perdre du jour au lendemain. Voilà pourquoi il vaut mieux prendre son petit-déjeuner tôt le matin…
sophie aigrot
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Andi Watson, Breakfast after noon, Casterman, coll. « Ecritures », 2002, 200 p. 12,95 €. |
