Marc Malès (dessin et couleurs) / Philippe Thirault (scénario), Lucy – Tome 1 : « Trafiquants d’espérance »
La ruée vers l’or version poussière et trahison, des décors et une couleur magnifiques, le western à la sauce XXIe siècle
En 1852, Clyde Morgan quitte Boston pour la Californie afin de retrouver son ami Alexander Harrison. Ce dernier a multiplié les claims et semble avoir trouvé un filon. Pourtant, quand Clyde arrive, il découvre un Alex misérable qui ne tardera pas à mourir de sa passion pour l’or. Clyde n’a plus qu’à rentrer à Boston pour y rejoindre Lucy, son amour d’enfance, qui n’a d’yeux que pour le disparu. Mais la ruée vers l’or n’a pas créé que des enfants de chœur, et le chemin de retour est plein d’embûches.
Lucy est d’abord un roman que Philippe Thirault a publié aux éditions du Serpent à plumes. C’est un beau scénario, sombre et glauque à souhait qui démythifie la grande aventure de la ruée vers l’or. Il y montre la cruauté de la nature et des hommes, n’oubliant aucune de ces petites vilenies dont sont capables ceux-ci pour une poignée de métal jaune ou un bout de papier vert. C’est sur cette trame que Marc Malès, son complice des Humanoïdes Associés (ils ont réalisé Mille visages ensemble), peint une Amérique sauvage et grandiose. Malès a un génie des décors, qu’ils soient naturels, urbains ou d’intérieur. Il crée de très belles ambiances, rehaussées par une mise en couleur traditionnelle qui oscille entre le jaune-rouge du sable des plaines et les tonalités feutrées des intérieurs de Boston.
Alors que ses décors sont magnifiques de classicisme, Malès use d’un trait très particulier pour ses personnages. Il les fait dégingandés, et exagère leur réalisme jusqu’à les rendre à la fois proprets et difformes. Les gros plans de Malès sont tout reflets et chairs joufflues, au point d’en devenir dérangeants. Côté scénario, Lucy n’a malheureusement pas été écrit pour des albums de 48 pages. Cela se sent dans ce premier tome qui cumule une longue introduction (l’arrivée de Clyde en Californie) et le début de la véritable histoire (celle de sa tentative de retour dans l’Est). On se retrouve donc avec un album déséquilibré qui donne certes l’envie de connaître la suite des aventures de Clyde Morgan, mais qui ne se suffit pas à lui-même.
À l’heure où le western repart à la conquête de la BD, Lucy est une série à surveiller pour les adeptes du genre et les fans de Malès. Pour les autres, peut-être le roman éponyme suffira-t-il.
Martin Zeller
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Marc Malès (dessin et couleurs) / Philippe Thirault (scénario), Lucy – Tome 1 : « Trafiquants d’espérance », Dupuis, coll. « Empreinte(s) », juin 2004, 48 p. – 12,94 €. Philippe Thirault, Lucy, Le Serpent à plumes, première édition en 1997, édition en format poche coll. « motifs » en 2001. |
