Edina Bozoky, Attila et les Huns – Vérités et légendes
Une magnifique étude sur Attila
Attila, et ses barbares, reste très présent dans la mémoire collective où il est synonyme de cruautés, de destruction totale. Comment a-il acquis cette réputation ? Sur quels témoignages est-elle assise ? Est-elle justifiée ? Autant de questions abordées par Edina Bozoky, auxquelles elle apporte, avec érudition, les réponses disponibles dans l’état actuel de la recherche.
Attila fut un monarque qui régna une vingtaine d’années sur un peuple de nomades. Il ne fit que deux grandes campagnes guerrières, en Gaule en 451 et en Italie en 452. Il meurt en 453, étouffé par l’ivresse, lors de sa nuit de noces.
C’est en 435, à la mort de leur oncle, qu’Attila et son frère apparaissent dans les rares sources fiables relatives à cette époque. Les Huns sont installés dans le bassin des Carpates qu’ils partagent avec d’autres peuples et ethnies. Des traités d’alliance sont régulièrement signés avec les Romains d’Orient par lesquels des sommes importantes, en or, sont versées aux rois barbares. Ceux-ci accusent périodiquement les Romains de bafouer les traités, de ne pas respecter leur parole. Attila tue, ou fait tuer, son frère. Pour une sombre histoire de femme, il décide d’envahir la Gaule. Il évite Paris, va jusqu’à Orléans. Il ne réussit pas à s’emparer de la ville fortifiée et ne peut franchir la Loire. Il rebrousse chemin, mais il est rejoint par les troupes romaines sur Les Champs Catalauniques, où il livre une terrible bataille. Cependant, ce qui reste de l’armée romaine ne poursuit pas les survivants de l’armée Hunnique. L’année suivante, il s’attaque à l’Italie, pille Aquilée, Milan, Pavie, Padoue. Les habitants de Rome négocient avant qu’il n’atteigne leur ville.
Pourquoi, parmi toutes les peuplades qui avaient les conditions requises pour devenir l’emblème de la cruauté, ce sont Attila et ses Huns qui ont décroché le titre ? Les Huns ont-ils été plus cruels que les autres peuples ? Les Romains, qui se targuaient d’être civilisés, se passionnaient pour les jeux du cirque qui étaient tout sauf angéliques.
Les Huns, par leurs raids, ont été, sans doute, à l’origine de la migration d’une partie des peuplades barbares vers l’ouest. Celle-ci a conduit, en un siècle, à la désintégration de l’Empire romain d’Occident. Pour les Grecs, les barbares étaient tous ceux qui ne parlaient pas leur langue et pour les Romains, tous ceux qui habitaient en dehors du monde romain. En fait, tous les autres ! Les Huns portent, pour le monde occidental de l’époque, une responsabilité dans la situation géopolitique. Les deux incursions d’Attila font le reste.
Mais, les légendes autour d’Attila se sont construites, en fait, bien après sa mort. En effet, rares sont les témoins à avoir rencontré le chef guerrier et laissé des traces écrites. Les Huns n’avaient pas de culture calligraphiée. Le seul témoin direct à avoir côtoyé Attila et ses guerriers est Priscos, un ambassadeur envoyé par Constantinople auprès du roi des Huns en 449. Mais ses écrits sont imprécis quant aux lieux et sont parvenus, jusqu’à nous, de façon parcellaire. Ce sont dans des écrits bien postérieurs à son époque que s’est forgée la réputation d’Attila.
Dans ses écrits, qui datent de la fin du IVe siècle, Ammien Marcellin assimile Attila et ses guerriers, sur la base d’un arsenal de clichés, de témoignages, à des animaux et met en avant leur cruauté sans pareille. Son texte constitue une référence pour les historiens ultérieurs. Ainsi, de copie en recopie, l’aura monstrueuse se construit.
Quand l’Église romaine a voulu se structurer, asseoir son autorité, il lui a fallu exalter la sainteté pour mettre en avant l’exemplarité et la force de ses membres. Et comme : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », il fallait, pour magnifier le courage de ses religieux, les confronter à un ennemi impitoyable, effroyable. C’est à travers la vie des saints qu’Attila gagne du galon. Celle de sainte Geneviève, celle des évêques de Gaule qui tentèrent de s’opposer à lui…
Parallèlement, comme la menace de l’enfer ne suffisait pas à garder sur le droit chemin, les croyants, il a fallu créer une autre menace. Saint-Jérôme, dès 396, écrit : « Ce sont nos péchés qui font la force des Barbares… » Saint Augustin rappelle que : « C’est la ruine morale de la ville (Rome) qui a précédé sa ruine matérielle. » Grégoire de Tours, avec son Histoire des Francs, attribue la cause des ravages Hunniques à la culpabilité des peuples qui provoque le châtiment divin. Il devient l’instrument de la colère de Dieu. C’est Isidore de Séville, au VIIe siècle, qui identifie les Huns comme : « Le fléau de la colère de Dieu.«
C’est en Italie et en France, au IXe siècle, que naissent de nouvelles légendes. D’autres suivront comme celle de sainte Reinelde de Meerbeke, de sainte Ursule et les onze mille vierges de Cologne…
Mais, cette réputation n’est pas identique partout. En Hongrie, Attila est considéré comme un roi idéal, puissant et généreux. Dans les épopées germaniques, il sert de modèle à l’un de protagonistes de la Chanson des Nibelungen, il apparait dans la troisième partie de la Saga de Thidrek.
Aujourd’hui encore, Attila suscite les passions et reste pour les uns un modèle de tyran sanguinaire, pour les autres un roi magnifique, pour son époque. Il a inspiré nombre de créateurs, de Racine à Verdi, de Thomas Corneille à Edward Gibbon…
L’auteur dresse avec la plus grande impartialité, un état des lieux exhaustif sur le sujet, permettant à chaque lecteur de se forger sa propre opinion.
Edina Bozoky, avec Attila et les Huns, signe un ouvrage parfaitement documenté, aux arguments étayés par la recherche des meilleures sources. Un livre passionnant, qui se dévore presque comme un roman d’aventures.
serge perraud
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Edina Bozoky, Attila et les Huns – Vérités et légendes, Perrin, avril 2012, 312 p. – 22,50 € |
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