Luca Castagna, Un ponte oltre l’oceano. Assetti politici e strategie diplomatiche tra Stati Uniti e Santa Sede nella prima metà del Novecento (1914-1940)

Luca Castagna, Un ponte oltre l’oceano. Assetti politici e strategie diplomatiche tra Stati Uniti e Santa Sede nella prima metà del Novecento (1914-1940)

Les archives du Vatican parlent

L’ouverture des archives du pontificat de Pie XI (1922-1939) renouvelle ou confirme les informations sur la diplomatie du Vatican dans cette période cruciale de l’entre-deux-guerres, qui préfigure celle du pontificat controversé de Pie XII (1939-1958).

Le livre de Luca Castagna s’intéresse aux relations très compliquées entre le Saint-Siège et les Etats-Unis. Autant le dire immédiatement, c’est un livre d’une très grande qualité. Non seulement l’étude est riche en informations sur les relations politiques, mais aussi sur les aspects internes de la politique étatsunienne et sur le fonctionnement de la machine diplomatique vaticane.

La qualité du livre vient aussi des très riches archives consultées, aussi bien américaines que vaticanes. Le catholicisme aux Etats-Unis dispose d’une place difficile. C’est le point de départ de l’étude de Luca Castagna. Les catholiques évoluent en effet dans une société qui leur est globalement hostile, marquée par l’omniprésence wasp. Ils sont ravalés au rang d’une minorité dont l’élite protestante se méfie. Ils incarnent, et avec eux l’Eglise et le Saint-Siège, la vieille Europe obscurantiste. Enfin, le 1er amendement interdit de privilégier une religion par rapport à une autre, d’où l’absence de concordat.

Depuis 1867, Rome et Washington n’entretiennent plus aucune relation officielle. Aucun lien ne sera rétabli avant 1984. Cela n’a pas empêché, comme le montre très bien Castagna, des contacts et des échanges qui vont crescendo jusqu’en 1939. En fait, l’étude décrit en détails le mécanisme de rapprochement et de convergence entre les deux Etats. Pourtant, tout commence mal. La première partie de l’ouvrage se penche sur la période de la Première Guerre mondiale. Elle décrit la très forte hostilité du président Wilson à l’encontre du pape, et même du catholicisme. Il refuse de suivre Benoît XV dans ses initiatives de paix, et de laisser le Saint-Siège participer à la conférence de la paix de 1919. Cette période de la guerre est sans conteste la plus dure, la plus tendue, celle où le patriotisme des catholiques américains est clairement mis en doute.

Les relations s’apaisent avec le président Harding, les Etats-Unis partageant avec le Vatican des positions communes sur le communisme, le désarmement et les réparations, et ce malgré l’ambiance nationaliste très forte qui saisit la société américaine. La position du catholicisme se renforce indéniablement. Le rôle du National Catholic Welfare Council est très bien mise en valeur par l’auteur.

La partie la plus riche et incontestablement la plus passionnante est celle consacrée aux mandats de Roosevelt. C’est avec son arrivée à la Maison-Blanche que non seulement un apaisement mais surtout une convergence s’opèrent entre Rome et Washington. Deux points sont à relever : une commune préoccupation sociale, le New Deal se rapprochant de la doctrine sociale de l’Eglise, et les inquiétudes devant la montée des fascismes et le risque d’une nouvelle conflagration. Roosevelt donne aux catholiques ce qu’ils leur manquaient jusque-là, des postes de responsabilités (l’exemple le plus connu est celui de l’ambassadeur Joe Kennedy). Et surtout il fait du secrétaire d’Etat de Pie XI, le cardinal Pacelli, son principal interlocuteur, avec l’évêque de Boston, Mgr Spellman, dont le rôle est bien analysé.

En 1939, Roosevelt, nous insistons sur ce point, félicite avec chaleur l’élection de Mgr Pacelli qui devient pape sous le nom de Pie XII. Il existe à cette date une proximité idéologique entre les deux hommes qui se matérialise par l’envoi, par le président américain, d’un représentant à Rome, en la personne de Myron Charles Taylor. Rome et Washington s’apprêtent à mener un combat commun pour la paix et contre les fascismes. Les archives utilisées le prouvent indubitablement.

Le livre s’arrête en 1940, et on en ressent une très grande frustration. Car il est toujours difficile de fermer un bon livre. On ne peut qu’espérer une traduction française.

f. le moal

   
 

Luca Castagna, Un ponte oltre l’oceano. Assetti politici e strategie diplomatiche tra Stati Uniti e Santa Sede nella prima metà del Novecento (1914-1940), Il Mulino, janvier 2012, 353 p.- 27,00 €

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