Nicola Bux, La foi au risque des liturgies
La messe redevient catholique

La question liturgique, qui divise l’Eglise catholique depuis quarante ans, est une des plus complexes et des plus polémiques. D’emblée, Mgr Nicola Bux met les pieds dans le plat en dénonçant, dans le premier chapitre, les abus liturgiques auxquels des prêtres, sous l’autorité de leur évêque, se sont adonnés. On comprend dès lors qu’il met ses pas dans ceux de Benoît XVI, dont il cite régulièrement les travaux, pour appeler à une réforme de la réforme. Autrement dit, il faut revenir à l’esprit du Concile.
Car, on ne le dira jamais assez, Vatican II n’a jamais condamné la messe traditionnelle. Il a été au contraire utilisé par tous les esprits progressistes pour détruire l’ancienne messe, faire table rase du passé et construire une nouvelle liturgie. Mgr Bux admet que la réforme de 1969 constitue bel et bien une rupture qui a été appliquée avec rapidité, pour ne pas brutalité. Il donne des exemples absolument hallucinants d’abus qui déshonorent ceux qui les commettent et les justifient. Il dénonce une obsession de la nouveauté et la transformation de la messe en divertissement et en spectacle.
Autre explication très bien mise en lumière, l’influence du protestantisme, cette « tentation protestante » que les progressistes nient encore mais qui est indéniable. Ne serait-ce que par la communion dans la main qui « est un geste étranger à la tradition de l’Eglise, un geste profane » et le refus des génuflexions propre à la pensée protestante pour laquelle « la messe est considérée comme un repas fraternel, une réunion ».
Que faire alors ? La position de Mgr Bux se conforme à celle de Benoît XVI. Il ne s’agit pas d’un retour complet aux liturgies anciennes, mais de l’acceptation de deux formes liturgiques. L’innovation est certes acceptable mais dans la tradition. Les prêtres et évêques doivent avant tout obéir aux prescriptions du Saint-Siège. L’Eglise n’est une démocratie gouvernée par des soviets paroissiaux. Cette obéissance est une des clés de la remise en ordre liturgique. « Celui qui obéit au pape ne se trompe jamais » écrit Mgr Bux.
Le livre contient de nombreuses connaissances et de pertinentes analyses. Le lecteur y apprendra beaucoup sur le sens de la messe, sur son histoire, son organisation. Mgr Bux insiste sur la nécessité de restaurer une belle liturgie, celui qui permet aux fidèles d’adorer Dieu, dans le silence, le recueillement, le respect. Il est temps en effet de rétablir des chants sacrés dignes de ce nom et de chasser des églises les « chansonnettes importées de la culture sécularisée », et « expression d’un christianisme décadent ».
Le titre original du livre, dans sa version italienne, est « Come andare alla messa e non perdere la fede » (Comment aller à la messe et ne pas perdre la foi). Il exprime, selon nous, mieux la pensée de l’auteur que le titre choisi par la traduction. Il faut en effet bien comprendre que ces liturgies novatrices ont vidé les églises car elles y ont chassé Dieu. Les fidèles viennent s’y autocélébrer, le tabernacle est relégué, le prêtre est le point de mire de tous les regards.
Ce livre apprendra beaucoup aux catholiques qui ont été abusés par des prêtres, des liturgistes et des théologiens assoiffés de ruptures. Or, la messe est un héritage. Le rejeter c’est changer de religion. Mgr Bux le démontre implacablement.
f. le moal
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Nicola Bux, La foi au risque des liturgies, Perpignan, Artège, avril 2011, 227 p.- 18,00 € |
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