Benoît XVI, Lumière du monde. Le pape, l’Eglise et les signes des temps. Un entretien avec Peter Seewald

La pen­sée de Benoît XVI

Les médias n’ont retenu du livre d’entretiens du pape Benoît XVI avec le jour­na­liste alle­mand Peter See­wald qu’un pas­sage, celui rela­tif à l’usage du pré­ser­va­tif par une pros­ti­tuée, ce qui en dit long sur les centres d’intérêt et le niveau de culture reli­gieuse des maîtres de la médiacratie.

Pour­tant, ce livre per­met d’entrer dans la pen­sée de ce sou­ve­rain pon­tife à la culture et à l’intelligence hors du com­mun, de reve­nir sur les « polé­miques » qui émaillent son pon­ti­fi­cat depuis quelques années, sur la place du chris­tia­nisme dans les socié­tés occi­den­tales, sur ce que cette reli­gion a apporté et peut encore appor­ter à l’Europe, centre des pré­oc­cu­pa­tions du pape Rat­zin­ger, sur l’homme et sur Dieu.

Aucune ques­tion déli­cate n’est écar­tée. Benoît XVI évoque tour à tour la levée de l’excommunication des évêques lefeb­vristes dont il rap­pelle la nature pure­ment hié­rar­chique (au sens où les évêques recon­naissent la pri­mauté du pape, ce qui lève de facto la condam­na­tion reçue pour leur ordi­na­tion sans l’accord de Jean-Paul II) et la ques­tion de Mgr William­son pour laquelle le lec­teur sent à quel point Benoît XVI a été blessé et outré.

Sur plu­sieurs autres ques­tions, il per­siste et signe.

Il jus­ti­fie la signa­ture du motu pro­prio Sum­mo­rum Pon­ti­fi­cum qui auto­rise le libre exer­cice des messes dites tri­den­tines au nom de la défense de la Tra­di­tion. Il main­tient sa ligne de défense du pape Pie XII qui mérite le titre de Juste parce « qu’il a sauvé plus de juifs que qui­conque ». Quant à la doc­trine de l’Eglise sur la sexua­lité et le pré­ser­va­tif, il ne renie rien de ses pro­pos tenus lors de son voyage en Afrique et qui ont déchaîné les pas­sions média­tiques et associatives.

Il revient enfin sur le drame de la pédo­phi­lie en décri­vant les efforts faits par l’Eglise contre un tel fléau mais aussi en le resi­tuant dans le contexte des années 1960–70 où tout était per­mis, y com­pris l’innommable, y com­pris dans l’Eglise.

Il recon­naît une erreur, ne pas avoir com­pris, lors de son dis­cours de Ratis­bonne sur l’islam, qu’il n’était plus un simple intel­lec­tuel et pro­fes­seur, mais le Sou­ve­rain pon­tife dont la parole pos­sède une por­tée bien différente.

Pour­tant, l’intérêt majeur de ce livre ne réside pas là, ni dans les détails inté­res­sants sur sa vie quo­ti­dienne au Vati­can. Il per­met, d’une manière plus acces­sible que la lec­ture des ency­cliques ou autres textes de Benoît XVI, de connaître les fon­da­men­taux de sa pen­sée et de son action.

Le pape met l’accent sur les dan­gers qui menacent aujourd’hui le chris­tia­nisme et l’homme dans son essence même : le rela­ti­visme reli­gieux, le laï­cisme, la sexua­lité débri­dée, la consom­ma­tion à outrance, l’avortement, le moder­nisme accou­cheur d’une tolé­rance défi­nie comme néga­tive qui conduit à effa­cer les signes chré­tiens de l’espace public et qui finira par abo­lir la tolé­rance tout court, l’athéisme qui crée un homme sans Dieu et, et par là même, destructeur.

Paral­lè­le­ment, il reprend, décrit, voire rap­pelle les fon­de­ments du dogme catho­lique qu’il ne cesse de défendre depuis tou­jours : la péni­tence, le mariage mono­game « fon­de­ment de la civi­li­sa­tion occi­den­tale », le céli­bat des prêtres, le refus d’ordination des femmes incom­pa­tible avec le mes­sage évan­gé­lique. La litur­gie et son res­pect demeurent une ques­tion cen­trale pour Benoît XVI, et avec rai­son, après les délires qui la défi­gurent depuis qua­rante ans. Il cri­tique notam­ment la com­mu­nion dans la main, il est vrai véri­table aber­ra­tion pour un catho­lique (lire à ce pro­pos son livre, écrit en tant que car­di­nal Rat­zin­ger, L’esprit de la litur­gie, publié chez Ad Solem)

Loin d’apparaître comme un homme isolé, perdu dans un monde qui le dépasse et dont il ne com­prend rien, Benoît XVI, au contraire, prouve qu’il maî­trise très bien les évo­lu­tions sociales, morales, reli­gieuses du vieux conti­nent. Il sait que le chris­tia­nisme y est mino­ri­taire, qu’il est devenu un « chris­tia­nisme de choix  ». Et c’est bien pour cela qu’il œuvre à le recen­trer sur ses fondamentaux.

Tout Vati­can II mais rien que Vati­can II.

Est-ce pour cela que le livre d’entretiens s’achève sur ce qui devrait être une évi­dence pour un chré­tien : l’homme pécheur sera jugé par Dieu et le mal condamné ?

En refer­mant ce livre, on ne peut que se dire que Benoît XVI est tout sauf un pape de transition.

f. le moal

Benoît XVI, Lumière du monde. Le pape, l’Eglise et les signes des temps. Un entre­tien avec Peter See­wald, Bayard, 2010, 271 p. — 21,00 €

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