Jean-Jacques Becker, Un soir de l’été 1942… Souvenirs d’un historien

Jean-Jacques Becker, Un soir de l’été 1942… Souvenirs d’un historien

Les souvenirs d’un grand historien français

Jean-Jacques Becker est un historien connu et reconnu. Spécialiste de l’histoire de la Première Guerre mondiale, il est l’auteur d’une multitude de livres, au premier rang desquels se trouve sa thèse sur l’opinion publique française en 1914. Interlocuteur des pouvoirs publics, il joua un rôle de premier plan dans la création de l’historial de Péronne, centre de recherches sur l’histoire des mentalités et de la vie quotidienne des contemporains de la Grande Guerre.

L’historien a davantage l’habitude d’analyser des Mémoires que d’en écrire. L’intérêt de l’exercice réside dans la capacité de l’auteur d’analyser ses propres souvenirs et de les placer dans une perspective historique. C’est là tout l’intérêt de ceux de J-J. Becker.

Le livre commence par le récit de la fuite de la famille Becker à Grenoble en 1942. D’origine juive, mais déconfessionnalisée, elle se réfugie en zone libre pour échapper aux rafles organisées à Paris par les Allemands.

A partir de là, J-J. Becker nous décrit ses racines familiales, l’histoire de ses parents, son enfance, sa scolarité. Très vite, les drames de l’histoire bouleverse sa vie. 1940 et la défaite, l’occupation, les premières mesures anti-juives, la fuite, la résistance de son frère et de sa sœur (la future grande historienne Annie Kriegel), la Libération.

C’est à cette époque que commence véritablement l’engagement politique de J-J. Becker. Il devient un militant communiste convaincu. Les pages consacrées à cette période de sa vie sont très riches et constitue un très intéressant et honnête témoignage de l’aveuglement absolument incroyable de ces soldats du communisme, staliniens endoctrinés, fidèles défenseurs d’une cause pourtant abominable, membres obéissants d’une structure hiérarchisée et autoritaire. Sa rupture, lente mais réelle, ne le conduit pas, à l’image de sa sœur, vers la droite. Il reste un homme de gauche, lié au syndicalisme. Il adhère au mouvement de Mai 1968 mais en étant déjà professeur dans le secondaire.

Il s’engage dans une carrière universitaire qui le conduit à Nanterre. Le livre nous plonge dans l’effervescence de Mai 1968 et de ses prolongements. On apprend beaucoup sur l’activisme des enragés et sur la position ambiguë des jeunes professeurs comme Becker, révulsés par l’extrémisme des jeunes gauchistes, mais favorables aux réformes universitaires et à leur caractère démocratique. Dans ce domaine, bénéficiant du recul, et au vu de l’état actuel de l’université française, J-J. Becker aurait peut-être dû en tirer certaines conclusions…

Le livre laisse parfois le lecteur sur sa fin. Pour qui connaît le monde universitaire, les faibles allusions sur les conflits, les rivalités, pour ne pas dire les haines profondes et personnelles entre professeurs laissent dubitatif… De même, l’auteur aurait pu davantage approfondir les passages sur ces travaux qui ont pourtant renouvelé l’histoire de la Grande Guerre.

Il n’en reste pas moins que ce livre, qui se lit avec plaisir, fourmille de riches détails sur l’histoire des soixante dernières années, sur l’histoire culturelle et politique de notre pays, et alimente les réflexions sur le sens des engagements politiques.

En un mot, un beau et riche témoignage.

f. le moal

   
 

Jean-Jacques Becker, Un soir de l’été 1942… Souvenirs d’un historien, Larousse, mars 2009, 380 p. – 19,50 €

 
     

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