Charles Bukowski, Sur l’écriture
Bukowski ne se prend pas la tête et ne théorise pas : c’est pourquoi le titre de son livre peut être trompeur. Il s’agit de fait une anthologie (réussie) de lettres envoyées par l’auteur à des éditeurs, directeurs de revues, écrivains, etc.. L’auteur reste tel qu’il est. Pour preuve, la lettre qu’il envoie à Paloma Picasso. Elle n’a pas retenu ses poèmes pour son magazine. Et l’auteur de se contenter d’un : « Renvoyez ceux que vous pouvez pas utiliser, ou la totale, les refus sont les bagages de l’âme. Mon âme est une mule maintenant ».
Il est vrai que l’auteur est le maître de la distance. Le monde littéraire le laisse indifférent. Qu’il y fût accepté : soit. Mais de là et pour lui, en faire une choucroute cela est loin de ses vues. Certes, il s’en donne à machine à écrire joie pour dégommer l’intelligentzia de gauche de San Francisco : Burroughs, Ginsberg et Miller chez lesquels il a su découvrir l’académisme narratif pour le dernier ou formel sous feinte de nouveauté pour le premier.
Bukowski préfère ceux qui osent l’espace de la dérive et l’hystérie du monde. L’auteur ne patine pas plus dans ses réflexions épistolaires que dans les digressions grotesques dans Journal d’un vieux dégueulasse ou bouleversantes dans L’amour est un chien de l’enfer. L’auteur n’est jamais affecté et toujours de mauvais esprit. C’est pourquoi la question du processus d’écriture ou du statut d’écrivain reste secondaire. Sa nécessité d’écrire passe par d’autres voies pour celui dont le ruban de sa vieille Remington est mêlé à son cordon ombilical sans jamais tomber dans l’autofiction.
Plus que de réfléchir sur la posture de l’écrivain, Bukowski assène ses coups à une Amérique qui devient au fil des jours insipide : le fer y est remplacé par le plastique, les chiens errants par des toutous en laisse. Reste malgré tout des bars afin de peaufiner les moments de chute jusqu’au moment où l’auteur rejoint sa chambre pour s’affaler sur son lit.
jean-paul gavard-perret
Charles Bukowski, Sur l’écriture, trad. anglais (USA) Romain Monnery, Edition Au Diable Vauvert, Paris, 2017, 338 p. – 20,00 €.
One thought on “Charles Bukowski, Sur l’écriture ”
Quel est le titre original de ce livre