Lorenzaccio (Alfred de Musset / Catherine Marnas)
Quand le cynisme de Lorenzo le dispute à l’impitoyable de sa décision
Lorenzaccio apparaît en moine ; se dépouillant soudain de son habit sur un air de techno, il semble donner le ton à des festivités orgiaques dont on ne saurait dire depuis quand elles durent. La scène est partagée entre un premier plan qui accueille les dialogues ouverts, le texte principal, et un fond de scène, théâtre de la fête toujours latente, des aspirations sournoises, des conspirations sourdes. Les deux espaces sont séparés par des lames de plastique telles que celles qui délimitent les entrepôts et les chambres froides. Les personnages les franchissent avec aisance ou difficulté, selon les cas. Les variations du texte sont habilement rendues par la troupe qui campe avec une juste ferveur les personnages, sur un ton transgressif permanent.
Le champ de la fête, lieu d’instabilité, donne occasion aux fantasmes ainsi qu’aux négociations politiciennes de s’exprimer. Catherine Marnas ne cesse d’engendrer des doutes. Le somptueux canapé porte et nourrit telle une matrice la densité des échanges intimes. Il est espace de gestation, lieu charnel de toutes les négociations, de toutes les unions, de toutes les transactions. Les dialogues les plus graves (entre Philippe Strozzi et Lorenzaccio, sur le sens de l’action politique) alternent avec les scènes plus légères, qui régissent les rapports entre Alexandre de Médicis et le parangon de ses plaisirs. La mise en scène est dynamique, avec ses accents salaces ; sa gravité, elle, témoigne d’un bel équilibre. Jusqu’à terme, le cynisme de Lorenzo le dispute à l’impitoyable de sa décision. Un spectacle prenant, une belle réussite.
christophe giolito
Lorenzaccio
Texte Alfred de Musset
Mise en scène Catherine Marnas
Avec : Frédéric Constant ; Vincent Dissez ; Julien Duval ; Zoé Gauchet ; Franck Manzoni ; Catherine Pietri ; Yacine Sif El Islam ; Bénédicte Simon.
Assistante à la mise en scène Odille Lauria ; scénographie Cécile Léna et Catherine Marnas ; lumières Michel Theuil ; création sonore Madame Miniature avec la participation de Lucas Lelièvre ; costumes Edith Traverso et Catherine Marnas ; maquillage Sylvie Cailler ; fabrication décor Opéra National de Bordeaux.
Du 26 septembre au 15 octobre 2017 au Théâtre de l’Aquarium, à la Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvre, dans le bois de Vincennes, 75012 Paris.
http://www.theatredelaquarium.net/Lorenzaccio
Antérieurement : du 7 au 22 octobre 2015 au TNBA (Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine ; du 10 au 14 novembre 2015 à la Comédie de Genève ; du 18 au 20 novembre 2015 à la Maison de la Culture de Bourges ; du 11 au 12 janvier 2017 au Nest : Centre Dramatique National de Thionville-Lorraine.
Production Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine
Coproduction Maison de la Culture de Bourges
Avec la participation des Treize Arches – Scène conventionnée de Brive
Remerciements à Alexandre Péraud
Création en octobre 2015 au Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine.