Albert Camus & Maria Casarès, Correspondance (1944-1959)

Albert Camus & Maria Casarès, Correspondance (1944-1959)

Albert et Maria

Ce n’est pas un scoop Albert Camus a eu de nombreuses liaisons. Il fut un séducteur, un don juan. Parmi toutes ces rencontres, la plus décisive pour l’enfant Camus a été sa grand-mère au corps massif et au chignon austère, autoritaire, égorgeuse de poules, dressant Albert au martinet. Mais il y eut surtout sa mère, qui l’a élevé seule. Camus l’aime à la folie. Belle, absente au monde, elle est résignée, quasiment sourde, mutique et illettrée. Camus décrit dans Le premier homme  cette femme de ménage pliée sous la pauvreté avec affection, « liée par la nécessité toute nue, au milieu d’une famille infirme et ignorante ».
Au-delà de ces amours premières, Camus découvre la passion charnelle des femmes sur la terre algérienne. Sa première véritable rencontre est Simone Hié. De bonne famille, starlette algéroise, fiancée au poète Max-Pol Fouchet. Camus lui fauche, l’épouse et lui consacre, l’année suivante,  Le livre de Mélusine  mais s’en sépare très vite avant de faire la connaissance d’une autre femme fatale, Christiane Galindo. Elle traversera toute la vie d’Albert Camus même si Camus restera officiellement auprès de la mère de ses enfants.

Mais la grande rencontre reste Maria Casarès qu’il rencontre en 1944 chez Michel Leiris. L’auteur de  L’Etranger est conquis par la comédienne exceptionnelle et la femme volcanique. Leur couple devient célèbre dans le milieu germanopratin au grand dam de l’épouse Francine. Après un séparation houleuse, Camus et Maria (devenue vedette) remettent le couvert. Elle plaque Jean Servais, et Camus continue sa double vie. Leur liaison durera jusqu’à sa mort. Même s’il connaîtra encore des émotions amoureuses avec Catherine Sellers, Maria restera en quelque sorte « L’Unique » dont le caractère hispanique fait le lieu entre l’Algérie et la France, le passé et le présent.
Sont publiés – grâce à la fille de Camus qui a voué sa vie aux oeuvres de son père – les lettres d’Amour entre Casarès et Camus, la femme de bien et l’homme libre. C’est d’un autre tabac que les niaiseries de Mitterrand le roucouleur. Tout est violent, fort : « Je me réveille avec un petit mot de toi. Oh la la la ! Un autre mot vient d’arriver. Damnée mécanique. Je me rends compte que je n’aurais pas pu tenir un mois et demi (c’est long !) sans lettres de toi ».Ce qu’on nomma poulets se succèdent.

L’amour rend Casarès insomniaque. Camus ne perd pas le sommeil. Mais il pense toujours à sa belle comédienne habitée néanmoins de doutes et de question qui ne sont pas sans causes. La comédienne le dit à son amant : « J’ai passé des heures dures de mélancolie et de révolte successivement à en perdre haleine » et avec un entêtement de galicienne elle se retrouve souvent « perdue, déséquilibrée, désépaulée ». L’auteur l’a rend « irraisonnable ». Il est vrai que ce n’est pas simple dans sa tête.
Quittant Servais pour Camus, elle avoue à ce dernier : « une foule d’idées contradictoires me noya. Des idées dont je te parlerai un jour si tu veux les connaître mais que je n’ai pas le courage d’écrire. ». Camus n’est pas toujours pressé d’entendre et surtout de répondre au bric-à-brac intérieur de sa puissante mais fragile amante…

jean-paul gavard-perret

Albert Camus & Maria Casarès, Correspondance (1944-1959), Gallimard, coll. Blanche, Paris, 2017, 256 p.

Laisser un commentaire