Roma Ligocka, L’écriture de mon père

Roma Ligocka, L’écriture de mon père

Après La petite fille au manteau rouge, Roma Ligocka poursuit l’évocation émouvante de ses souvenirs

 

Porter un regard critique sur un témoignage comme celui de Roma Ligocka n’est pas un exercice facile. Son précédent ouvrage, publié en France en 2005, La petite fille au manteau rouge, a rencontré un succès international et bouleversé des milliers de lecteurs dans le monde entier.
C’est après avoir vu La liste de Schindler et s’être reconnue dans la petite fille vêtue de rouge, seule tache de couleur qui traverse le film de Steven Spielberg, que cette décoratrice de théâtre et peintre avait décidé de raconter pour la première fois son enfance.

La petite Roma Liebling est née dans une famille juive, à l’orée de la Seconde Guerre mondiale. La cachette sombre et étroite dans laquelle elle s’est réfugiée avec toute sa famille dans le ghetto de Cracovie constitue ses premiers souvenirs. Sa famille décimée, elle réussit finalement à s’échapper du ghetto en compagnie de sa mère, toutes deux teintes en blonde et ayant endossé le pseudonyme moins juif de « Ligocka », désormais son nom d’écrivain.

Aujourd’hui, Calmann-Levy publie son nouvel ouvrage, L’écriture de mon père, dans lequel elle revient sur le moment de la sortie de son best-seller et sur les bouleversements que l’écriture de ce livre a apportés dans son existence. Quand on raconte son histoire, son drame, quand on le publie, on rencontre un public et on devient à son tour dépositaire de nombreux témoignages, d’histoires qu’il est parfois difficile de supporter. Elle raconte les rencontres, amicales et sentimentales, le nouveau regard qu’on porte sur elle et parfois aussi les attaques qui la blessent et qu’elle ne comprend pas. Au contact des autres elle va devoir aller chercher au fond d’elle-même le courage d’affronter ses derniers démons et de regarder en face l’ombre de son père, évadé d’Auschwitz en 1945 et mort d’épuisement en 1946, quelques semaines après son arrestation, sur dénonciation, pour collaboration avec les nazis. Est-il vraiment coupable ? Doit-elle continuer à s’accrocher à une certaine image du père, ancrée depuis son enfance ou doit-elle céder aux pressions de ceux qui l’entourent ?

La question du témoignage et de son influence sur l’ »histoire », dans son acception générale comme particulière, est cruciale, passionnante et centrale en ce qui concerne l’écriture de la Shoah. Si le récit de Roma Ligocka est, par sa nature même, extrêmement touchant, surtout lorsqu’elle revient sur les premiers mois de sa vie après la fin de la guerre et sur son apprentissage d’un monde pacifié qu’elle n’a jamais connu, il est d’une ampleur moindre quand il s’agit d’évoquer son quotidien de rescapée aujourd’hui. Elle se cantonne souvent au particulier, à la pure expérience personnelle et à son ressenti en laissant de côté bien des questions que le lecteur pourra se poser, allant parfois jusqu’à l’ennuyer un peu, même s’il éprouve de cet ennui une culpabilité profonde.

Ce témoignage est l’expression même de la difficulté de la transmission et de la nécessité, parfois, d’avoir recours à l’écriture littéraire pour réussir à faire ressentir l’inimaginable.

l. dauzier

   
 

Roma Ligocka, L’écriture de mon père (traduit par Olivier Mannoni), Calmann-Lévy, octobre 2007 – 19,00 €.

 
     
 

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