Sheila Kohler, Quand j’étais Jane Eyre

Sheila Kohler, Quand j’étais Jane Eyre

Passionnant ouvrage sur les soeurs Brontë, à mi-chemin entre fiction et biographie

C’est sur le « grattement d’un crayon sur du papier » que s’ouvre cet ouvrage. Charlotte Brontë, au chevet de son père presque aveugle, écrit ce qui restera comme son chef-d’œuvre, ou du moins son livre le plus connu – Jane Eyre. Même si, dans ses remerciements, Sheila Kohler affirme que son livre est une œuvre de fiction, il est tout de même – et de façon bien étayée – basé sur des biographies reconnues. L’auteure se glisse dans la tête d’une autre auteure, mais une qui devait se cacher derrière un pseudonyme masculin pour pouvoir écrire et avoir une chance d’être publiée, dans une société paternaliste et machiste. De 1846 à 1854, date de la mort de la dernière sœur Brontë, après neuf mois de mariage et, enfin, un peu de bonheur et beaucoup de succès.

Son histoire d’amour avortée avec son professeur en Belgique, la cécité de son père, ses expériences douloureuses en tant que gouvernante, le caractère bien trempé de sa sœur Emily, la folie de Branwell, son frère alcoolique et opiomane… tout sert de terreau à l’écriture. Recluses dans l’austère presbytère de Haworth, entourées par les tombes de leurs sœurs aînées et de leur mère, les sœurs Brontë occupent les journées pluvieuses du Yorkshire à écrire, à réinventer leurs vies par le biais d’héroïnes romanesques et tragiques.

Sheila Kohler parvient avec talent à replonger ses lecteurs dans l’univers reconnaissable entre mille des trois sœurs les plus célèbres de la littérature anglaise. La solitude, l’enfermement, la lenteur, les émois déçus, la cruauté du monde extérieur, la précision des détails biographiques, la qualité de l’écriture – fort bien servie par la traduction de Michèle Hechter -, tout dans ce roman admirable concourt à donner envie de relire les Brontë, Elizabeth Gaskell ou le grand Thackeray (qui croisèrent la route de la nouvelle Charlotte, que le succès ne transforma pas intrinsèquement, mais dont elle constata avec une pointe d’amertume combien il la rendit étonnament intéressante et fréquentable).
Vouloir faire revivre Charlotte Brontë, s’inspirer de son histoire pour en tirer une sur le même modèle, l’idée était louable mais l’entreprise périlleuse. Sheila Kohler s’en tire avec les honneurs. On ne dévore pas son roman, on le déguste, on en apprécie chaque page, chaque ligne.

agathe de lastyns

 

   
 

Sheila Kohler, Quand j’étais Jane Eyre, Quai Voltaire, janvier 2012, 262 p.- 20,00 €

 
     

 

 

 

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