Juliette Benzoni, La Chimère d’or des Borgia/Dans le lit des reines
Une réédition intéressante et un dernier opus décevant
Juliette Benzoni est un auteur prolifique, certes, mais pas au point de faire paraître deux inédits en même temps, surtout quand on sait que son dernier opus datait d’octobre dernier (voir Le Bal des poignards, tome 1 et tome 2 recensés par nos soins). Non, si deux de ses œuvres sont parues simultanément le 1er juin, c’est que l’une d’elles, Dans le lit des reines, est une réédition.
Passionnée d’histoire, l’auteure y raconte avec une verve gourmande les aventures érotico-amoureuses de certaines des plus grandes reines et impératrices : Messaline, Margerite de Navarre, Hortense, Isabeau de Bavière, Marie-Antoinette, Joséphine… Des fait historiques largement connus aux petites indiscrétions, en passant par les confidences sur les oreillers respectifs de ces puissantes dames, on s’embarque goulûment dans leurs aventures – à tous les sens du terme.
Ce recueil de nouvelles se lit comme une suite de romans d’amours. Mélange de faits réels et de romance, telle est la spécialité dans laquelle excelle Juliette Benzoni.
L’intrigue de La Chimère d’or des Borgia, contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, ne se déroule pas à la Renaissance mais au début du 20ème siècle. Il s’agit, pour les fans, du onzième tome mettant en scène le prince Aldo Morosini, l’antiquaire vénitien féru d’enquêtes policières qui apparaît notamment dans la série Le Boiteux de Varsovie. Pour assister à la vente de la collection de bijoux de l’excentrique Van Tilden, récemment retrouvé mort dans sa demeure tourangelle, Aldo Morosini est de passage à Paris.
L’accompagne un truculent et richissime Texan qui s’est follement épris d’une cantatrice aussi talentueuse que capricieuse, Lucrezia Torelli. Cette dernière exige, pour répondre à ses avances, qu’il lui offre un bijou normalement disparu avec sa propriétaire dans le naufrage du Titanic : la chimère d’or ayant appartenu à Cesar Borgia, dont elle se prétend la descendante.
Mais alors qu’Aldo tente de convaincre son client de l’impossibilité de sa mission, on tente d’assassiner la servante de Pauline Belmont, Helen Adler, rescapée du célèbre naufrage. Puis on kidnappe la belle Pauline, dont Aldo est toujours très épris, malgré la vague culpabilité qu’il ressent vis à vis de sa femme Lisa, restée avec leurs enfants à Venise.
Que ceux qui trouveront ce bref résumé compliqué soient mis en garde : le reste l’est encore plus, je vous l’épargnerai donc. Mais la multiplication des interférences et des coïncidences qui émaillent l’histoire ne font pas de ce roman un bon roman, malheureusement.
Si l’on retrouve avec plaisir le personnage de Morosini, les petits détails de la vie quotidienne des nantis de l’époque (notamment l’avènement de l’automobile) et quelques personnages secondaires hauts en couleurs, force est d’avouer que cet opus est bien loin d’être le meilleur de Benzoni. La complexité excessive et les coïncidences à répétition rendent l’intrigue artificielle, sans donner au roman le rythme effréné que l’on pourrait attendre. La résolution, au lieu d’être amenée progressivement et dévoilée au fil de rebondissements qui maintiendraient un suspense bienvenu, nous est livrée tout à trac dans les toutes dernières pages, par un personnage resté mystérieux, qui explique à Morosini ce que ce dernier n’a pas su résoudre – c’est à dire tout !
Malgré pas mal d’agitation, d’allers-retours entre Paris, la Touraine et Venise, Aldo et son acolyte, Adalbert, n’arrivent bizarrement à rien. Il faut dire qu’il sont tous deux bien plus préoccupés par leurs élans respectifs, vers la belle Pauline pour l’un et l’envoûtante Lucrezia pour l’autre, que par ce qui devrait tenir le lecteur en haleine.
Pour terminer sur le personnage d’Aldo, la façon dont il traite son épouse, la d’habitude si pétulante Lisa que l’on cantonne ici à son rôle de mère-poule, paraît bien mesquine : le lecteur peinera à accepter qu’un homme supposément honnête et droit trompe aussi impunément sa femme. Les hommes doivent-ils vraiment devenir totalement incohérents et impotents dès qu’ils se trouvent devant une beauté, Mme Benzoni ?
Espérons que la suite, La Collection Kledermann, sur laquelle travaille déjà l’auteur, sera moins décevante, car on aime aimer Juliette Benzoni.
agathe de lastyns
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Juliette Benzoni, La Chimère d’or des Borgia, Plon, juin 2011, 462 p. – 21,00 € |
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2 réflexions sur « Juliette Benzoni, La Chimère d’or des Borgia/Dans le lit des reines »
Bonjour, ALDO MOROSINI me manque énormément, y aura t il un nouveau roman bientôt ?? cela serait le très bienvenu, et merci à JULIETTE!!
Reflexions sur ce livre sont vrais.Je viens de terminer et je reste un peu sur ma fin. Je partage egalemt le meme opinion concernant le libertinage du gentillhomme…