Nicole Tourneur, Passé compliqué
La mort est ici un passage obligé
« Au nom du père », tel aurait pu être le sous-titre de ce roman, tant la présence de la figure paternelle est omniprésente. Pourtant, l’ouvrage commence par un enterrement, celui de Joseph Maisonneuve, qui n’a eu toute sa vie de père que le nom pour ses deux fils, Fabien et Thibaut. Mais finalement le titre est bien choisi. Un passé compliqué, un présent complexe et un futur incertain. Et pourtant, c’est bien la vie qui prédomine au fil des pages, et l’espoir. Celui d’un passé sur lequel on tire un trait, d’une vie qui se reconstruit, d’une page qui se tourne pour ouvrir un nouveau chapitre. La mort est ici un passage obligé vers la vérité et la recherche de soi.
Délaissés et maltraités par un père qui n’a jamais voulu d’enfant et peu protégés par une mère qui n’a jamais pu abandonner son mari, Fabien et Thibaut ont grandi sous la menace des coups et des remontrances. Une situation que Thibaut, le cadet, plus sensible et fragile, porte encore en lui. C’est pourquoi à la mort de son père, il décide de partir à la découverte de cet être qu’il n’a jamais et qui ne l’a jamais compris. Une quête essentielle pour lui et qui l’amènera jusqu’au Maroc, sur les traces de son père qui y menait une double vie, auprès d’une autre femme… et d’un autre fils. Un voyage quasi initiatique au bout duquel Thibaut pourra enfin se reconstruire et découvrir qui était réellement Joseph Maisonneuve.
Nicole Tourneur nous plonge ici au cœur d’un secret de famille et de sentiments profonds de rancœur, de souffrance mais aussi de bonheur, graal ultime qu’il faut parfois aller chercher par delà les mers. A travers ces deux frères déchirés par une enfance malheureuse et qui, chacun de manière très différente, tente de bâtir leur vie, l’auteur nous emmène au plus profond de nous-mêmes et nous pousse à analyser nos propres sentiments. De plus, le Maroc amène de la couleur dans ses lignes et réchauffe le cœur de ses personnages… et le nôtre, tout comme la sagesse et la philosophie du vieil Ahmed.
On aurait de ce fait apprécié plonger un peu plus profondément dans les tourments des personnages, dans leur « moi intérieur », peut-être à l’aide de flashbacks sur leur enfance meurtrie, pour apprécier davantage leurs errances, leurs peurs, leurs questions et leurs aspirations. De Lyon au désert marocain, on suit pas à pas le périple de Thibaut sans toutefois complètement s’identifier à lui ni à sa quête. A l’image de toute cette famille, elle aussi blessée et silencieuse face à la violence de leur frère, de leur mari, de leur fils… La psychologie des personnages reste assez superficielle, ce qui n’enlève rien à l’histoire, mais ce qui aurait sûrement apporté davantage d’émotions, à l’image du Falstaff qui ne peut laisser indifférent. Les âmes tourmentées auraient ici mérité un peu plus d’attention.
v. cherrier
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Nicole Tourneur, Passé compliqué, Editions Gunten, mars 2004, 188 p.- 17,00 € |
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