Anne-Marie Jeanjean, Le stage d’athlétisme poétique

Anne-Marie Jeanjean, Le stage d’athlétisme poétique

Body building parmi les mots

La maladie de la poésie est de celles dont on ne se remet pas. Et peu importe les psychothérapies. Anne-Marie Jeanjean s’y soumet pourtant – avec parcimonie   – auprès d’un docteur Folamour dont la psychanalyse avance selon ses diktats. Face à sa patiente, il déclare que son « dégagement du moi n’est pas effectué ». Preuve que le dégagisme politique n’a pas touché la psyché. Ce qui rend pour la poétesse ses fins de moi forcément difficiles. Sa cocotte névrotique reste sous pression.
Fille de forains d’extraction châtelaine, inspirée par son Lacangourou , elle tente de calmer la donne avec la déclinaison de Hugo. Il est préféré à Mallarmé, Baudelaire et autres Rimbaud car il est le plus fort. Ensuite, la thérapie passe par un gymnase où un « golden boy » prêche afin de souligner la puissance de la « Melancholia poetica », ce qui n’empêche pas à la victime d’enfourcher son petit vélo poétique plutôt que de conduire une Twingo littéraire.

Et la poétesse de grimper des cols et des ponts d’Arcole en préférant aux cagolles Gertrud Stein et en faisant des « haltères de mots » avant de s’embaumer pour calmer les muscles cervicaux. L’onguent des euphémismes y fait merveille et permet de reprendre de belles torsions de langue. Tout cet exercice est n’a qu’un but: atteindre de grande lutte finale la fête de la poésie à coups d’acrobaties verbales et tangos argent teint.
Le docteur – ordonnance à la clé – aura donc fait le job afin de chasser la Melancholia de la vis poetica. Le résultat est-il vraiment significatif ? L’auteure ne le dit pas ; elle préfère décrire sa cure de jouvence avec jouissance avant que tout se termine comme cela avait commencé : un joyeux bordel ou une belle farce entre cosmos et hooligans. Avec possibilité de version scénique dont Anne-Marie Jeanjean donne la marche à suivre.

En attendant, la poétesse nous laisse ravis – comme elle-même le fut par ses consultations – parmi ses errements qui ne sont en rien une déshérence. Le tout à l’ego perd la clé des chants qui sans être désespérés restent beaux.
Qu’importe s’ils sont un peu obviés par des maoïstes et autres parasites qui n’ont les yeux de Chimène que pour le poème sous étiquette. Celle ci ne fait pas une éthique. La poétesse le rappelle dans son ouvroir de poésie potentielle.

jean-paul gavard-perret

Anne-Marie Jeanjean,  Le stage d’athlétisme poétique, L’Harmattan, coll. Levée d’ancres, Paris, 2017, 94 p. – 12,00 €.

One thought on “Anne-Marie Jeanjean, Le stage d’athlétisme poétique

  1. Jean-Paul Gavard-Perret a fait là un bien bel exercice en mêlant analyse, jeux de mots et contrepèteries!
    Je retiens sa conclusion d’impénitent jongleur de métagrammes:
    « En atten­dant, la poé­tesse nous laisse ravis — comme elle-même le fut par ses consul­ta­tions — parmi ses erre­ments qui ne sont en rien une déshé­rence. Le tout à l’ego perd la clé des chants qui sans être déses­pé­rés res­tent beaux.
    Qu’importe s’ils sont un peu obviés par des maoïstes et autres para­sites qui n’ont les yeux de Chi­mène que pour le poème sous éti­quette. Celle ci ne fait pas une éthique. La poé­tesse le rap­pelle dans son ouvroir de poé­sie potentielle. »

    …. mais je me promets un plaisir tout neuf dès que j’aurai ouvert « Le Stage d’athlétisme poétique » d’Anne-Marie Jeanjean

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