Géraldine Barbe, Tous les hommes chaussent du 44
« Je n’ai aucun message à délivrer » écrit dans une interview et avec raison Géraldine Barbe : elle a en effet mieux à faire. Entre autres, nous faire suivre son héroïne quadragénaire (sa semblable ? sa soeur ?) pour assister à une étape de son « rater mieux », titre du premier livre de la Québécoise exilée à Paris. Ex-habituée des planches, l’auteure sait ce qu’il en est de la comédie de l’existence, de ses illusions. Comme des erreurs programmées des histoires de cœur puisque en général l’amour fini mal. Ce n’est pas pour autant qu’il faille refuser de sauter dedans.
Même si une petite voix intérieure comme celle d’une amie lui dit « non ». Car le jeu en vaut la chandelle : un vieux cheval de retour peut être pris non pour une rossinante mais un fier étalon d’or.
Le cœur veut encore s’en donner à corps joie. Il pimente la vie de Gilda qui rêve de sagas amoureuses de légende. Et qu’importe si elle risque une nouvelle fois de gagner le Prix Citron aux Oscars de l’amour. Elle remet du rouge à lèvres se perche ses talons pour son étalon. Ils claquent plus que ses dents afin que l’entre-deux âges qui approche soit moins du côté du second que du premier. Le plaisir espéré d’amour tient donc la dragée haute du début du jour jusqu’à la fin de la nuit.
Ce qui n’enlève rien à la question : que faire avec un homme ? Du plaisir sans doute mais pas forcément celui qui Gilda attend. Le couple est dès l’origine instable et il ne cesse d’évoluer que bien que mal au gré du temps qui passe. C’est une machine infernale. Elle peut se casser à tout instant. Même si on met de l’huile dans les rouages.
jean-paul gavard-perret
Géraldine Barbe, Tous les hommes chaussent du 44, Editions du Rouergue, 2017, 128 p. – 14, 50 €.
